Jean-Paul Gaillard

In revue Thérapie familiale. Editions Médecine et Hygiène. Genève, 2002 vol. 24 n° 1.

Résumé : récit d’une thérapie brève, en forme de danse d’évitement autour d’un événement traumatique sous amnésie, articulée autour des concepts systémiques de réducteur de complexité et de générateur de complication.

Mots clés : thérapie brève – clôture opérationnelle – auto-organisation – traumatisme – double contingence - réducteur de complexité – confiance - générateur de complication – défiance - viol - réalité.

Summary : account of a brief therapy, which involves avoidance of a traumatic event with amnesia. The discussion is linked with the systemic concepts of complexity reducer and complication generator.

Key words : brief therapy – operating closing – auto-organisation – traumatism - double contingency – complexity reducer - trust – complication generator - distrust – rape – reality.

Resumen : relato de une breve terapia en forma de danza de evitacion entorno a un acontecimiento traumatico en estado de amnesia, articulado entorno a conceptos systemicos de reductores de complejidad y genetores de complicacion.

Palabras claves : breve terapia – cierre operational - auto-organizacion – traumatismo – contingencia doble – reductor de complejidad – confianza – genetor de complicacion – desconfianza – violacion – realidad.

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Nous proposons ici de larges extraits d’une thérapie systémique individuelle étroitement articulée sur deux concepts clés de l’approche systémique : les concepts de clôture opérationnelle et d’auto-organisation, et sur deux outils théorico-pratiques que nous élaborons actuellement : réducteurs de complexité et générateurs de complication.

Les modèles : de la métaphore à la traduction.

La seconde cybernétique, avec Heinz Von Foerster, s’est fondée sur un modèle biologique : le modèle autopoïétique (Maturana, Varela, Uribe 1974), qui place la notion de clôture au centre des processus générateurs de complexification du vivant : pas d’auto-organisation possible sans clôture, pas de complexification possible sans auto-organisation.

Ce concept de clôture reste cependant un objet a priori peu aisé à manier ; de fait, nous entendons encore couramment parler d’ouverture du système (famille) comme d’un état souhaitable et de fermeture du système (famille) comme d’un état dommageable.

Il est vrai que les premières métaphores (et non pas des modélisations) tentées par les thérapeutes systémiciens ont pris pour sources des modèles physicalistes, en particulier autour du concept d’entropie. Nous oublions trop facilement que les systèmes ouverts dont il était alors question sont des machines thermodynamiques simples, pas vraiment des systèmes au sens où, s’il y a échange de matière, il n’y a pas auto-organisation. Quant aux systèmes fermés, ce ne sont que des machines thermodynamiques triviales sans échange de matière, qui obéissent effectivement à la loi d’entropie.

Ces métaphores thermodynamiques dans l’approche systémique datent des débuts de la première cybernétique : la belle époque où nous pensions pouvoir instruire les familles du haut de nos connaissances ; Von Foerster, en initiant la seconde cybernétique, s’est détourné des modèles thermodynamiques pour se fonder sur un modèle biologique, dont l’un des nombreux avantages est de nous arracher aux approximations métaphoriques et d’autoriser un travail beaucoup plus fin de modélisation (Le Moigne 2002) et de traduction (Latour, Calon 1990).

Autour des années quatre-vingt, le modèle autopoïétique (Varela - Maturana) et le modèle de l’organisation par le bruit (Atlan), ont connu de brèves heures de gloire dans les rangs des praticiens et théoriciens de la thérapie systémique, puis semblent être tombés dans un relatif oubli, passant du statut de référence potentielle à celui de référence de principe, sans avoir connu celui de référence concrètement exploitée. Pendant ce temps, Niklas Luhmann, considérable juriste et sociologue allemand, posant le constat d’une insuffisance des modèles en usage pour saisir la complexification croissante de nos mondes, révolutionnait l’approche sociologique des systèmes sociaux en s’appuyant sur le modèle autopoïétique.

Nous avons posé le même constat que Luhmann et, depuis une quinzaine d’années, la brève mode des années quatre-vingt est restée pour nous une ligne de recherche (Gaillard 1993 à 2000). Nous pensons effectivement que la complexité du vivant mérite mieux et plus que l’appui de modèles réductionnistes et de logiques linéaires, incapables de rendre compte des jeux complexes d’interactions, de compétitions et de hiérarchisations propres au vivant.

Clôture, auto-organisation, perturbations, information.

L’usage trivial de la langue, nous l’avons vu, génère un double bind théorico-pratique entre les notions d’ouverture, de fermeture et de clôture ; de même, les rapports entre clôture, auto-organisation, perturbation et information restent inarticulables à l’aide de l’usage trivial de la langue, en particulier le rapport de nécessité entre clôture et information. Cet usage trivial se voit considérablement renforcé par un paradigme très largement partagé par la communauté des chercheurs en psychologie sociale et cognitive, selon lequel l’humain traite de l’information. Ce paradigme, lourd de conséquences simplificatrices et, pour tout dire, d’autant plus puissamment appauvrissantes qu’il est très largement soutenu par des logiques exclusivement réductionnistes et linéaires, apporte des réponses simplistes là où ne se posent que des questions complexes. Ce « l’humain traite de l’information » nous apparaît comme une machine à éviter de penser[1]. De fait, il est cousu d’implications a priori telles que l’information viendrait toute faite d’un extérieur à l’humain, que l’humain possèderait une machine interne (psychisme, cerveau, langage) à traiter cette information externe, machine très compliquée, mais pas complexe et qu’il existerait un continuum entre cette information externe et le traitement interne.

Si nous considérons que la complexification du vivant ne fut et ne reste possible qu’à partir de l’apparition d’une membrane qui produit une identité, une unité et une autonomie pour ce qui devient alors un organisme distinct de son milieu, si nous considérons qu’un cerveau humain s’auto-consulte environ 100 000 fois plus qu’il ne consulte son extérieur[2] et que « les signaux envoyés par les éléments sensoriels (…) vers le cortex (…) sont tous les mêmes » (von Glasersfeld 2000), il nous faut reconsidérer de fond en comble la définition et dynamique de l’information en y intégrant le fait de la clôture.

Freud, puis Piaget, ont approché ce phénomène de clôture : Freud avec sa « réalité psychique » qui se développe sans égard pour la réalité extérieure, et Piaget avec son « égocentrisme initial » contre lequel, dit-il, l’humain doit lutter très âprement pour accéder à la réalité extérieure.

Une objection souvent faite à la clôture s’appuie sur le langage humain, qui créerait en permanence un lien informationnel entre les individus. Il y a de la naïveté dans une telle objection, face à l’observation aussi triviale que récurrente des incroyables difficultés que les individus et les groupes montrent à se comprendre un tant soit peu.

De fait, si ce ne sont les paquets de protéines qui prolifèrent aux abords des cheminées volcaniques des abysses marines, il n’existe aucun exemple de système vivant qui ne s’organise à partir de sa clôture.

Une grossesse, pas plus que le maternage précoce, n’offrent de contre-exemples. L’observation d’une grossesse chez les mammifères que nous sommes offre à la fois l’illustration d’un couplage très étroit et celle des effets de clôture, dans un espace où cette clôture est a priori peu évidente : barrière de l’amnios, génome, groupe HLA et sanguin, etc., différents, nécessité chez la mère d’une inhibition momentanée de ses capacités de rejet du « non soi ».

Couplage et co-ontogenèse de deux organismes distincts sont ici bien montrés ; il resterait à définir le type d’unité composite et les niveaux de contingence qu’ils illustrent. Quant aux interactions précoces entre mère et nourrisson, elles confirment la production d’une unité composite[3] entre deux systèmes vivants parfaitement distincts, l’expérience de l’un ne se confondant jamais avec celle de l’autre : les travaux des chercheurs interactionnistes, tels que Stern, Fivaz, Kramer, Lebovici, sont là-dessus concordants[4]. L’effet de clôture se fait d’emblée sentir aux niveaux cognitif, mémoriel, émotionnel et sensori-moteur. Et il est assez facile d’observer que les niveaux qui semblent assez étroitement partagés pour sembler communs, ceux de la satisfaction des besoins, sont en fait le résultats d’apprentissages de l’un avec l’autre, ce que Varela appelle coordinations d’actions et Stern accordage.

Il faut remarquer en outre que ce type d’unité composite est rare dans la vie d’un être humain, tout au plus peut-il en expérimenter de nouveau quelque chose dans les débuts d’une relation amoureuse (nous parlons de lune de miel dans les deux cas).

Durant tout le reste de notre vie, c'est-à-dire durant la quasi-totalité de notre existence, la clôture définit clairement pour chacun de nous les limites au sein desquelles se produit notre information, même s’il semble que les jeux d’appartenance-identité jouent, à des niveaux de moindre intensité, un rôle voisin en termes d’unité composite.

Auto-organisation :

Le modèle autopoïétique (Varela 1989) avance que le vivant -l’humain pour ce qui concerne le présent travail- s’auto-produit tout au long de sa vie à travers sa faculté à transformer de l’hétérogène en lui-même. Cette auto-production est le fait de processus biologiques, psychologiques, culturels, sociaux, pour lesquels les chercheurs de chacune de ces disciplines se montrent bien en peine de définir une action programmatrice extérieure. Après le créationnisme, le grand mirage simpliste du tout génétique préprogrammé a fait long feu (Atlan, Koppel 1991 ; Korn 1997), l’idéal instructionniste en psychologie, en pédagogie et en médecine quotidienne expose dramatiquement son échec[5], et le supposé big brother des dynamiques économiques, culturelles et sociales n’a toujours pas été identifié.

Les modèles se fondant sur les processus auto-organisationnels se montrent, sur l’ensemble de ces points, considérablement plus performants que les modèles causaux linéaires se fondant sur le présupposé d’une instruction ou programmation extérieure des processus et des acteurs en jeu, ainsi que sur une définition triviale de l’information.

Henri Atlan définit l’auto-organisation dans les termes suivants :

« Un processus d’auto-organisation peut être compris comme une augmentation de quantité d’information (qui implique une complexification) en l’absence d’action programmatrice de l’extérieur. » (Atlan 2000).

…en l’absence d’action programmatrice de l’extérieur, c'est à dire à partir de caractéristiques propres au système en cause.

Les caractéristiques auto-organisationnelles du vivant ont été suffisamment décrites en biologie et en neurobiologie pour que nous les considérions ici pour acquises ; elles impliquent ipso facto la caractéristique de clôture des dits systèmes. Francisco Varela précise qu’un système vivant n’a ni entrée ni sortie informationnelle, qu’il produit son information à partir des perturbations en provenance de son environnement interne et externe.

Atlan ajoute que l’information est le résultat « des perturbations aléatoires d’origine externe (stimulus non programmés) ou internes (fluctuations thermodynamiques) auxquelles le système réagit par une augmentation de variété. Les perturbations jouent le rôle de bruit dans les voies de communication qui assurent les contraintes organisationnelles — la redondance — à l’intérieur du système. Elles ont donc pour effet de diminuer ces contraintes. » (Atlan 2000)

En d’autres termes, l’accroissement d’information à l’intérieur d’un système vivant est le produit contingent de bruits (stimulus non programmés ou fluctuations thermodynamiques) qui perturbent son organisation et qui, ce faisant en desserrent les contraintes. Le jeu ainsi ménagé implique une augmentation de diversité dans le système ; cet accroissement de diversité s’observe en termes d’apparition de nouveauté dans le système, c'est-à-dire de solutions qui permettront de rétablir un niveau de redondance compatible avec la survie du système, tout en le contraignant à évoluer. Ce nouveau niveau de redondance ne peut en effet se concevoir comme le retour en arrière hypothisé par le modèle mécaniste newtonien. Il n’y a en effet pas de retour en arrière pour le complexe en général et pour le vivant en particulier, qui semblent être en totalité déterminés par la flèche du temps (Stenghers, Prigogine 1994) : condamnés à toujours plus de complexité, il n’ont que le choix de bifurquer (Prigogine), de catastropher (Thom) ou de se complexifier (Atlan), c'est-à-dire de s’auto-organiser de manière à réguler l’accroissement de complexité. « L’effet désorganisateur du bruit à un niveau est «vu» comme un effet organisateur au niveau supérieur » (Atlan 2000). A moins, bien entendu, que le bruit dépasse les seuils de viabilité du système en cause et qu’il ne le détruise ou le transforme en un autre système.

Nous avons là le fondement théorique de la technique systémique de mise en crise des familles, chère à Mara Selvini et son équipe (Selvini 1991) : produisons des perturbations aléatoires (mettons la famille en crise) et le système (la famille) répondra à nos perturbations par une augmentation de variété (trouvera des solutions nouvelles et plus adéquates à ses problèmes).

Cette modélisation n’a plus à démontrer sa pertinence opératoire : ça marche bien et même souvent très bien.

Mais comme à son habitude, homo sapiens se laisse conduire par la loi du moindre effort mental, de sorte que le collectif des thérapeutes systémiciens s’est pris à hypostasier la diversité et à diaboliser la redondance. Ce qui a pour effet récurrent de nous amener à négliger de voir que, souvent, les problèmes de nos clients ne sont pas seulement liés à un excès de redondance dans leur système individuel ou familial qui les immobilise, mais aussi à un excès de diversité dans leur environnement qui les sidère.

réducteurs de complexité  et générateurs de complication.

Nous sommes pourtant bien placés pour constater à quel point les univers familiaux et sociaux vont se complexifiant : le nombre d’organisations auxquelles les membres d’une famille doivent rendre des comptes ou qui ont plus ou moins barre sur leurs vies augmente à chaque décennie ; de sorte qu’il faut prendre en compte un nombre de plus en plus grand d’éléments, pour espérer produire des stratégies d’action qui ne soient pas seulement viables, mais résolutives : il semble que nous soyons très mal équipés pour produire des modèles mentaux de niveau 3 (application de règles générales sur un mode conditionnel : « si, alors, à moins que ») et encore moins de niveau 4 (production et enchaînement de propositions circonstanciées aboutissant à une conclusion) (Ballé 2001). L’humain métabolise manifestement très mal l’excès de complexité des systèmes sociaux qu’il produit et qui le produisent, de sorte qu’il recourt de plus en plus systématiquement à des réducteurs de complexité (Luhmann 1995).

Un réducteur de complexité est une stratégie approximative dont le seul but est d’assurer la viabilité du système (individu, équipe, institution) qui la développe. Il est le fruit d’une combinaison entre le sens commun (common knowledge : Varela 1994), un mythe familial et social et, parfois, un peu d’expérience ; il permet de fonctionner de façon suffisamment viable, à partir de la prise en compte d’un nombre très réduit d’items.

Paul Watzlawick et l’équipe de Palo Alto utilisent de longue date un concept très voisin, emprunté à Stafford Beer (Beer 1959, Watzlawick 1972), théoricien du management qui construisit dans les années 50 un modèle fondé sur la cybernétique : le concept de variety reducer, qu’ils utilisent en thérapie brève. Niklas Luhmann, enfin, a très bien décrit une de ces stratégies, dans son état « naturel », au niveau des sociétés contemporaines : le jeu a priori confiance / défiance. Nous avancerons d’emblée que la confiance est le plus souvent un réducteur de complexité, là où la défiance est le plus souvent un générateur de complication, et nous tenterons de l’illustrer à l’aide des séquences de thérapie présentées plus loin.

Chacun et tous, sommes livrés à la contingence inhérente au fonctionnement de tout système vivant. Définir la contingence comme processus est aussi facile que frustrant : est contingent tout événement qui pourrait arriver ou ne pas arriver, produire tel effet ou tel autre effet, et cela de façon non prévisible et non prédictible. Il semble que la contingence soit consubstantielle de la complexité, c'est-à-dire aussi des phénomènes de clôture et d’auto-organisation (Atlan 1970, Varela 1989, Luhmann 1995).

Nous sommes donc livrés à la contingence inhérente au fonctionnement de tout système vivant ; mais nous avons aussi et de plus en plus affaire à une forme nouvelle de contingence sociale, liée à deux facteurs :

  • une complexité croissante de nos systèmes sociaux,
  • la montée de l’individualisme comme nouvelle norme sociale.

Niklas Luhmann parle d’une double contingence :

- liée d’une part, à la diversification et la différenciation croissante de ce qui est familier et de ce qui ne l’est pas,

- et conjointement liée à un processus croissant d’obligation individuelle de substituer le risque au danger.

Le modèle autopoïétique prédit[6] qu’un système ne peut pas appréhender les autres systèmes comme objets plus ou moins équivalents à lui-même, mais seulement comme éléments de son environnement. Les thérapeutes de couple et de famille sont bien placés, nous semble-t-il, pour observer ce fait que chaque membre d’une famille tend à définir les autres membres de la famille comme son propre environnement, de même que cette famille définira les autres familles ainsi que toute organisation à laquelle elle a affaire comme son environnement et réciproquement.

Les systèmes familiaux et sociaux occidentaux, disons jusqu’à la grande guerre pour souligner un virage devenant très visible, se montraient peu complexes en ce que leur niveau de redondance était très élevé : la place, le rôle, la fonction de chacun étaient assez solidement prédéfinis et stables dans le temps, l’éventail des choix familiaux et sociaux, la trajectoire, des individus étaient très réduits[7], le nombre des organisations auxquelles un individu ou une famille avaient affaire était lui aussi très réduit, l’idéal social était un idéal d’immobilité. Nous savons que ce paysage a littéralement explosé en quelques décennies : train, voiture, avion, radio, téléphone, tv, Internet, multinationales, Espace Européen, OMC, , mobilité, etc., les gadgets que l’humain a produit dans le seul but de se fatiguer moins et de jouir plus, l’ont propulsé dans des mondes d’une complexité inouïe qu’il se montre totalement incapable de métaboliser, ces mondes le conduisant à trébucher sur les limites de ses capacités cognitives[8].

Sur ces point encore, le concept d’auto-organisation (Varela), ou d’organisation par le bruit (Atlan), montre une réelle puissance d’explicitation-action. Chacune des organisations générée par les divers groupes sociaux, puis générées par les gadgets inventés, utilise l’ensemble des autres organisations comme environnement. Les dérives sociales, économiques, politiques, techniques, scientifiques, complexifient sans cesse le paysage[9], tout cela dans la plus terrible contingence : nul n’est en mesure de prédire le destin du moindre gadget, de la moindre action individuelle ou collective. La fixité sociale du monde ancien (avant 1918) nous permettait de persister dans l’illusion que conscience, intention et volonté individuelles sont les moteurs principaux pour l’action. Il faut aujourd’hui nous rendre à l’évidence : nos intentions et notre volonté dite consciente sont pour fort peu de chose dans ce que nous croyons être nos choix, ainsi que dans nos actions (Atlan 1970, Gaillard 2000), nous sommes livrés à un accroissement exponentiel de contingence, liée à la complexification non moins exponentielle de nos univers.

Mais reprenons les items de la double contingence selon Luhmann.

  1. Diversification et différenciation croissante de ce qui est familier et de ce qui ne l’est pas :

La diversification et la différenciation croissante de ce qui est familier et de ce qui ne l’est pas, telle que nous l’avons évoquée plus haut en « creux » (avant et après 1918) pose de plus en plus de problèmes à un nombre croissant d’individus et de familles. Ces problèmes émergent :

  • en termes d’échecs de catégorisation (le bon et le mauvais, le bien et le mal, le beau et le laid deviennent très difficiles à ordonner de manière suffisamment stable pour qu’ils restent des balises de redondance),
  • en termes d’affaiblissement des phénomènes d’appartenance lié à l’individualisme comme norme montante, et de conflits d’appartenances liés à la multiplication d’appartenances, ainsi qu’à l’opposition « moi – les groupes d’appartenance) » (familles recomposées c'est-à-dire famille 1 versus famille 2, régions versus nations versus méta-nations versus moi, couple versus moi, couple versus travail, famille versus travail, travail versus mes loisirs, etc.)
  • en termes de limites de capacités combinatoires (comment faire coexister sans trop de conflits mes deux familles, mes trois emplois, mes quatre appartenances politico idéologiques et mes loisir multiples ? Comment gérer en simultané fisc, Urssaf, Assedic, Sécurité sociale, administrations diverses ?).

Ces dérives incontrôlables de diversification et de différenciation sociale, processus émergents d’un accroissement exponentiel de diversité dans l’ensemble des systèmes sociaux, communautaires, familiaux et individuels, semblent productrices d’un puissant malaise social et individuel pour lesquels nous trouvons sans peine des boucs-émissaires (la délinquance[10]) et dont nous ne manquons pas de faire le reproche aux dirigeants politiques successifs.

  1. Substitution individuelle du risque au danger :

Le risque dont il s’agit ici est le risque de faire confiance a priori aux autres et aux diverses organisations du système social dans lequel nous vivons. Le danger consiste à ne pas prendre ce risque ! Pas de position neutre possible dans les relations entre individus, entre individus et groupes d’appartenance, entre individus et institutions. Dès lors qu’ils existent pour nous, nous n’avons que deux options : confiance a priori ou défiance a priori.

Ce processus croissant de substitution individuelle du risque au danger n’est pas le moindre problème aujourd’hui. Nous avons souligné la dérive socio-culturelle occidentale qui conduit inexorablement du collectif à l’individuel : l’individu et l’individualité sont la norme socio-culturelle actuelle. Ce phénomène est assez évidemment concomitant de la diversification et de la différenciation croissante de nos systèmes sociaux, au sein d’un processus plus général de diversification et de différenciation lié au phénomène de co-ontogenèse et de co-évolution qui condamne le vivant, et en particulier l’humain[11], à un accroissement indéfini de complexité.

L’OMS prévoit que la dépression sera le principal problème de santé mentale en occident à l’horizon 2020 ; nous croyons que ce que Luhmann souligne, à savoir la contrainte croissante pour chacun d’entre nous de prendre individuellement le risque de faire confiance peut constituer un principe d’intelligibilité de ce problème. La confiance collective et appartenancielle a priori dans les institutions est une norme en voie de désagrégation, dans la mesure où l’affaiblissement et la diversité croissante de nos appartenances et les inévitables antagonismes entre les organisations concernées, nous contraignent en permanence à des actes de trahison. Nous mêmes ne pouvant nous sentir fiables, accorder notre confiance revient effectivement à prendre un risque personnel !

Véritable aporie contemporaine, si, malgré tout, nous ne prenons pas ce risque de faire a priori confiance, c'est-à-dire si nous optons pour une position de défiance, nous générons immanquablement un univers de complication de par le fait que nous réduisons nos champs d’agir possibles et que, réduisant ces champs d’agir possibles, nous produisons des réponses redondantes là où de la nouveauté s’imposerait. Nous proposons de nommer générateurs de complication, l’utilisation de réponses identiques sur un mode répétitif face à des problèmes nouveaux et complexes.

En outre, la défiance tend à faire adopter à celui qui opte pour elle une posture passive, face à des problème dont les solutions possibles réclament une posture innovante : refusant un risque, il se livre ainsi au danger d’une situation subie[12] sur laquelle il n’a pas de prise, situation productrice de comportements oscillant soumission/ révolte.

Nous essaierons d’illustrer ceci, que c’est précisément devant cette seconde caractéristique de la contingence contemporaine que nos clients traumatisés reculent[13]. Il nous semble qu’ils refusent ou ne sont plus en mesure de prendre les risques nécessaires à une créativité minimale, hypnotisés qu’ils sont en permanence par l’objet de leur traumatisme.

Une thérapie systémique individuelle en 10 séances :

Anne[14] a entendu parler de moi par une amie qui a eu recours à mes compétences quelques années plus tôt.

Elle prend rendez-vous par téléphone, sans commentaire. Pas de fiche téléphonique en individuel.

Première séance : l'exposé du motif.

Elle arrive à l'heure à son rendez-vous, et s'installe dans le fauteuil le plus proche du mien.

Taille moyenne, poids moyen, voix d'alto, allure sportive, cheveux courts, pantalon jean's, talons plats.

Anne a 42 ans, elle est enseignante, mariée et mère d'une fille âgée de 4 ans.

Elle me consulte parce qu'elle a -dit-elle- d'énormes problèmes avec sa fille; à tel point qu'elle est au bout du rouleau. Elle est en congé-maladie.

Elle a l'impression de ne pas savoir aimer sa fille comme il faudrait, de ne pas agir bien, d'être dépassée par les événements... et elle ne dort plus du tout...

« j’ai toujours peur de mal faire avec ma fille, ça me bouffe la vie. Je m'entends très bien avec elle, c'est une gamine super, agréable, gentille, qui me donne beaucoup d'amour, mais quelque chose ne va pas du tout... »

Après qu'elle m'ait exposé son motif, je lui demande de me parler d'elle.

Anne est restée célibataire jusqu'à l’âge de 35 ans. Puis elle a rencontré un homme différent, avec lequel elle se sentait bien.

« Il voulait un enfant, moi pas trop... on a fait une fille. »

« Avant Elise, nous étions très actifs, on se croisait "bonjour-bonsoir"... Elise a tout chamboulé, il a fallu faire des coupes sombres dans nos occupations. Je me sens coupable de ce que, si Elise n'était pas là, je pourrais faire toutes sortes de choses (sous entendu « utiles »). »

-Que faisiez-vous, avant ?

« Je suis prof d'anglais dans un lycée... je fais du Handball, je suis présidente d'une association qui s'occupe d'un village africain, j’ai arrêté le chinois et mes responsabilités à la SPA parce que ça faisait beaucoup... je sortais beaucoup ; très peu maintenant…

« Je rêve d'une semaine seule, sans lui, sans elle ! 

« Mon mari a 6 ans de moins que moi. Au départ, il voulait 3 enfants. on était un peu coincés par mon âge... Finalement, il a changé d'avis… Entre temps, je m'étais laissé convaincre pour le premier.

« Ma grossesse, physiquement, n'a posé aucun problème, mais ce n'était pas marrant du tout : je me sentais lourde....

« Je ne voulais pas un garçon ! C'était une vraie panique

« L'accouchement a été médicalement sans intérêt, mais affreux pour moi. Il a été provoqué, parce que j'avais de l'hypertension....

« Les 8 jours de clinique ont été très bien, j'étais seule dans ma chambre, c'était très agréable.

« Il m'a fallu 4 jours, avant que je me décide à langer ma fille: je n'osais pas la toucher, j'avais peur de lui faire mal !

-Avez-vous une mère ?

Anne répond "oui", et se met à pleurer.

« Nos rapports sont ambigus... je suis dure avec elle sans le vouloir... »

-Avez-vous quelque chose à lui reprocher ?

« Oui ! Mon père était alcoolique... je n'ai jamais compris pourquoi elle avait accepté tout ça...

« Nous étions trois filles et je suis l’aînée... c'était très difficile pour moi…

Je conclus cette première séance, en disant à Anne que ce pourquoi elle vient me voir est un problème douloureux, difficile et délicat, et que nous pourrons probablement le régler en dix séances.

Deuxième séance : autour du viol.

En rentrant de la première séance, Anne a dit "deux trucs" à son mari :

            * le bébé garçon qu'elle ne voulait pas : elle n'avait jamais osé lui en parler, même au plus fort de la panique

            * le lien qu'elle avait fait entre ses difficultés avec Elise et ses difficultés avec sa mère.

- Y a-t-il d'autres choses importantes dont il faut parler ce soir ?

« oui, les problèmes sexuels.

« Au tout début de notre vie commune, une vieille dame qui était mon amie est venue passer 15 jours à la maison... elle est restée six mois : j'ai pensé, nous avons pensé, que mes problèmes sexuels étaient liés à la présence de cette vieille amie...

« Je me sentais responsable d'elle, mais j'étais bloquée par sa présence.

« Nous avons donc décidés de son départ, mais j'en ai voulu à mon mari de son départ.

« Plus tard, quand j'étais enceinte, je ne pouvais plus avoir de rapports sexuels, parce que j'avais l'impression de souiller mon bébé.

« Pendant longtemps cette femme a été comme une deuxième mère pour moi...

« Ma mère était tellement froide...

- Comment pouviez-vous savoir que votre mère vous aimait, avec cette froideur ?

« Jusqu'à 13 ans, j'en étais certaine...

« un jour il y a eu des accusations mensongères entre voisins... l'un accusait l'autre de m’avoir violée... mes parents m'ont questionnée et encore questionnées... ma mère ne me croyait pas... j'ai été longtemps bloquée...

« Il a fallu attendre 30 ans passés, pour que tout aille bien...

Troisième séance : la sexualité des parents.

- Ce soir, parlons de vos parents :

« C'est notre mère qui nous a élevée; elle était sévère et il n'y avait pas de rapports de tendresse... elle était dans ses histoires avec mon père et me prenait à partie avec...

« J'ai gardé un mépris pour tous les hommes ; le seul pour qui j'aie du respect, c'est mon mari...

- Qu'est-ce qui le met ainsi à part ?

« Tous les deux, on a été accidentés: ça crée une complicité...

- Accidentés ?

« Quand il était petit, il a eu un accident terrible : défiguré par un chien, une vingtaine d'opérations pour lui reconstituer un visage... il est encore très marqué. »

- Vous ?

« Moi ? ...euh...   … ...l'alcoolisme de mon père...

« mon père s'est mis à boire deux ans après son mariage avec ma mère... son propre père était alcoolique...

- Bon, nous en resterons là pour ce soir...

« Non, je veux dire encore quelque chose d'important: mon couple se casse la gueule, je n'ai plus aucune envie de rapports sexuels... depuis Elise, je crois...

- j'ai oublié de vous demander quand vous avez été réglée ?

« A 14 ans. Ma mère ne m'avais rien dit...

- Vous n'avez plus envie depuis Elise ?

« Pendant la grossesse, je ne supportais plus qu'il me touche... il y a des tabous à ce moment-là, je crois...?!

- Oui, et peut-être même encore après ?! Q'avez-vous perçu des problèmes sexuels de vos parents ?

« Vous voulez dire que ces problèmes sexuels pourraient être à l'origine de l'alcoolisme de mon père ?

- Plus précisément, Ils sont peut-être un élément constituant du problème d'alcool dans le couple de vos parents ?! Restons sur cette question pour ce soir.

Quatrième séance : viol, accouchement, anesthésie sexuelle.

« Ca va beaucoup mieux ! Je dors bien.

« Je me suis rappelée, après mon accouchement: je déraillais complètement... quand je donnais le biberon à Elise, je ne pouvais pas m’empêcher d'être obsédée par les enfants qui ont faim... j'avais peur qu'il arrive une catastrophe ou une guerre, et je me demandais comment je pourrais la nourrir...

« Ma mère ne s'est pas aperçue qu'elle était enceinte à sa première grossesse. Elle l'a appris par hasard au cinquième mois, en consultant parce qu'elle était malade. Le médecin lui a dit : "vous êtes enceinte"...

- Si elle n'a pas senti ça, que sentait-elle au lit ?

« Un jour, mon père m'a dit : "ta mère, c'était plutôt du genre à compter les mouches au plafond !"

- Avez-vous connu votre grand-père maternel?

« Un tout petit peu, mais ma mère m'en a beaucoup parlé : c'était un suisse calviniste, très dur avec ses enfants; il les battait violemment, souvent, tellement que ma mère s'est sauvée de chez lui à 20 ans...

« Quand les gendarmes l'ont attrapée, elle était tellement couverte de bleus, que, bien qu'elle ne soit pas majeure, il lui ont dit : "vous avez bien fait de partir de chez votre père".

« Elle n'y est jamais retournée. Elle a trouvé une place de bonne, et elle a travaillé. Plus tard, elle est allée vivre chez un oncle.

« La mère de ma mère, la femme du calviniste, avait été abandonnée par sa propre mère quand elle avait 4 ans. Elle l'a abandonnée pour partir en Australie où elle a épousé un industriel riche qui ne voulait pas de l'enfant.

Cinquième séance : confusion interniveaux et complication.

« J'ai toujours du mal au lit, avec mon mari... c'est pas de l'indifférence, c'est que, dans ces moments-là, je ne peux pas m'empêcher de penser aux gamines violées, à la traite des blanches... c'est le comble de l'horreur pour moi.

- Et physiquement ?

« Je suis physiquement tendue, crispée, je refuse toute sensation...

- Mais encore ?

« en fait, je suis dans l'attente... je me prépare à une violence...

- Et avant votre grossesse ?

« Avant ma grossesse, tout se passait bien dans nos relations sexuelles.

- A quel rythme ?

« Plus ou moins deux fois par semaine...

- Qui les provoquait ,

« C'était tantôt l'un, tantôt l'autre... mais depuis trois ans, à part deux ou trois éclairs où ça s'est bien passé...

- Dans la journée, comment êtes vous l'un avec l'autre ?

« mon mari me reproche souvent d'avoir perdu les gestes tendres du quotidien

- Datez ?

« Depuis Elise. (en fait, il en était déjà de même quand la vieille dame était là)

- Vous arrive-t-il d'être tendue, crispée, de refuser la sensation, en d'autres occasions que les relations sexuelles ?

« Non, jamais en d'autres occasions que celles-là...

- Vos idées de gamines violées et de traite des blanches, les avez-vous en d'autres occasions qu'au moment de vos relations sexuelles ?

« Souvent... ce sont des images qui font partie de moi... c'est l'horreur, c'est l'injustice, c'est comme les images d'enfants qui ont faim...

- Oui, ce sont les mêmes images, en donnant le sein à Elise et en faisant l'amour ? Horreur et injustice faites à un enfant ?

« ...Oh là là... on va peut-être rester là dessus ce soir ?

- Excellente idée, restons sur cette question pour ce soir.

Sixième séance : mère et fille, épouse et époux, se rencontrent.

« Vous vous souvenez, je vous avais dit que je ne pouvais pas éloigner Elise de moi, parce que pour un enfant ça doit être trop terrible de se sentir délaissé. J'avais essayé de la laisser quelques heures chez ma belle-soeur, et Elise avait réagi curieusement, elle n'avait rien laissé paraître... ç'avait été terrible pour moi...

« Vous m'aviez demandé si elle avait quelque chose de particulier à laisser paraître à cette occasion... non ! vous m'avez dit: "qu'attendiez-vous, qui n'est pas venu ?"

« J'ai réfléchi et je l'ai confiée à ma belle-soeur pour le week end. J'ai confiance en elle, elle est très sympa avec les enfants, et Elise s'entend bien avec ses cousins.

« Quand Elise n'était pas là, j'ai retrouvé toute ma complicité et ma tendresse avec mon mari, automatiquement !... celles de la vie quotidienne...

« Quel rôle je lui fais jouer, à ma fille ? Et mon mari... il n'est jamais pressé non-plus de la laisser partir... On s'est toujours arrangés pour que l'un ou l'autre soit là pour elle...

Septième séance : la femme nouvelle déploie ses charmes.

« Elise va super bien en ce moment. On est bien ensemble, et l'autre jour elle a pris son ours sous son bras, et elle m'a dit: « tu m'emmènes chez tata et tu vas faire des courses ! »

« Mon mari, lui, est inquiet en ce moment. Il m'a demandé plusieurs fois "cette semaine, qu'est-ce qu'il t'a dit ?", et quand je lui disais, il répondait : "c'est comme ça qu'il te parle?"

« En fait, je pense qu'il a une grande peur: c'est que je m'éloigne de lui.

« C'est le seul homme que j'aie respecté, j'ai toujours vu le côté du besoin que j'avais de lui, mais je ne m'étais jamais posé la question du côté du besoin qu'il a de moi...

« Il est très content que ça aille beaucoup mieux pour moi, et pour Elise, que je dorme bien, que je pense à reprendre mon travail, qu'on ressorte le soir, mais il est inquiet...

« il n'avait pas envie d'aller au cinéma, j'y suis allée seule, avec une copine, il a peur de mon indépendance...

- A-t-il de bonnes raisons d'avoir peur ?

« (rire) ça me fait un peu plaisir qu'il ait peur... je vois comme ça qu'il tient à moi !

Septième, huitième, neuvième et dixième séances : effets de clôture.

Anne profite de la sécurité que lui procure la perspective de ces séances, pour mettre à l'épreuve le nouveau regard qu'elle porte sur son univers.

La mise à l'épreuve semble concluante, et elle me quitte à la fin de la dixième séance, heureuse de son travail.

Catamnèse :

Je la reverrai trois ans plus tard, avec son mari (ce qui me permet de constater qu’il est effectivement totalement défiguré) ; rencontre provoquée par elle, mais à propos d'un événement ne la concernant pas directement. Anne et son mari considèrent la période qui a précédé la thérapie comme une époque sombre et lointaine, que l'oubli tend à recouvrir.

____________________

Nous avons pu constater que Anne ne peut pas prendre le risque de laisser Elise s’éloigner, elle ne peut pas prendre le risque de jouir au lit, ni même celui de se laisser aller à de la tendresse : l’univers du traumatisé est un univers de défiance et, comme nous le montre Anne, les dérives naturelles possibles dans la défiance sont extrêmement réduites en quantité et en qualité : la défiance se montre bien comme un générateur de complication.

Il apparaît ici assez clairement que notre travail est avant tout une entreprise de production de confiance minimale, à partir de laquelle les capacités auto-organisationnelles de nos clients peuvent de nouveau se produire et des réducteurs de complexité apparaître : c’est alors le signe de la fin de la thérapie. Anne, nous le voyons au fil des séances, construit de la confiance : elle laisse Elise s’éloigner d’elle en abandonnant sa systématique de défiance, elle retrouve complicité et tendresse avec son mari (complicité et tendresse sont des synonymes de confiance), elle fait même assez confiance à des charmes pour faire un peu « marcher » son mari !

Prétendre continuer la thérapie, arrivés à ce point, relève, de notre point de vue, d’une inconséquence très dommageable aux capacités auto-organisationnelles de nos clients : il n’existe alors aucune raison techniquement et théoriquement justifiable pour soutenir une telle option[15]. Nous considérons que l’incapacité à finir ici relèverait de notre part d’une stratégie de défiance : défiance dans la capacité auto-organisationnelle de nos clients, refus d’entériner l’effet de clôture opérationnelle qui se produit sous nos yeux.

Le génogramme d’Anne.

Voici ce que nous avons reconstitué du génogramme de Anne, dont nous avons pu remarquer qu’il s’est construit spontanément en une seule séance autour d’un signifiant : celui de l’anesthésie sexuelle qu’on définirait mieux en termes d’hyperesthésie générale douloureuse, liée à une cascade transgénérationnelle de maltraitances, ici mise en évidence :

  • Son arrière grand-mère a abandonné sa grand-mère quand elle avait 4 ans,
  • son grand-père tabassait sa mère au point qu’elle s’est enfuie à 20 ans,
  • son père était un alcoolique violent, dont le père était alcoolique,
  • elle-même a été violée à l’âge de 13 ans,
  • elle se sent mère dangereuse au point de se s’auto-neutraliser et de consulter un psy.

Nous avons affirmé que Anne a été violée à l’âge de 13 ans, bien qu’elle ne nous l’ait jamais dit ainsi : elle a seulement lâché le mot « accidenté » (« tous les deux, on a été accidentés »), que nous avons bien pris garde de ne pas lui demander d’expliciter… et nous en avons été immédiatement récompensé : Anne a pu enchaîner sur son hyperesthésie globale au lit avec son mari, que nous ne nous privons pas de recadrer par un élargissement de contexte transgénérationnel, à partir d’une proposition de lien entre l’anesthésie sexuelle de sa mère et l’alcoolisme paternel. Ce qui serait communément diagnostiqué « frigidité » chez Anne est, nous l’avons dit, plutôt une hyperesthésie chaotique puisque, au lit, c’est un cortège chaotique de sensations et d’images qui l’assaillent : les enfants qui ont faim, les enfant qu’on viole, la guerre, la traite des blanches… ».

A-t-elle été violée ? Si c’est le cas, l’a-t-elle été par le voisin ? ou par son père alcoolique ? Nous ne le saurons jamais et cela n’a strictement aucune importance à nos yeux : un mythe, fut-il thérapeutique, n’a que faire du factuel. Sa seule mission est de soutenir efficacement le processus psychothérapeutique.

L’approche systémique individuelle, pour ce qui concerne les techniques, ne nous semble pas pouvoir se calquer en tous points sur l’approche familiale, pas plus, d’ailleurs que l’approche de couple. Bien que l’épistémologie reste strictement la même.

Avec une famille, il est facile de circulariser les interrogations (Selvini 1983), d’en faire le lieu d’émergence d’information par et pour le système famille ; avec un couple c’est déjà moins facile à cause de la propension des couples en difficulté à s’accuser mutuellement de tous les maux.

Avec un individu, à chaque fois que les interrogations du thérapeute ne sont pas directement autorisées par le discours ou le comportement du patient, elles deviennent ipso facto des inquisitions instructionnistes[16] et des supports de désignation : il est donc toujours préférable, nous semble-t-il, renoncer à savoir, plutôt que de se poser en avatar des persécuteurs du patient.

Sur la brièveté :

Nous pensons aujourd’hui qu’une thérapie doit être aussi brève que possible, afin de ne pas attaquer la structure autoréférentielle du patient, mais au contraire en favoriser la consistance (en d’autres termes, tout faire pour ne pas favoriser le développement d’un processus de dépendance de type transfert). Avec la dépendance, en effet, arrive presque toujours l’inflation de la plainte, stérile et paralysante[17].

Cette caractéristique fondamentale de l’humain qu’est l’autoréférence est au centre de l’épistémologie systémique, même si elle n’est pas souvent nommée en ces termes ; la connotation positive, le paradoxe thérapeutique, la circularité dans l’interrogation, la notion de système thérapeutique, le modèle constructiviste dans son ensemble, tout cela se construit autour de l’autoréférence de l’humain, c'est-à-dire autour du fait que l’humain est un système opérationnellement clos et autour du fait que la clôture est la condition de la complexification du vivant.

En d’autres termes, contrairement à ce que le sens commun implique, nos patients traumatisés ne sont pas trop fermés, ils sont au contraire des systèmes dont la clôture est déficiente ; plus précisément ils sont l’objet d’une instruction récursive, ils sont l’objet d’un couplage parasitaire permanent avec un autre système qui les a ainsi littéralement satellisés. Cette instruction récursive prend généralement la forme d’impulsions émotionnellement déterminées, le plus souvent (mais pas toujours) associées à un « film dans la tête » (pour reprendre le terme de Damasio) : elle est, par définition, un générateur de complication en ce qu’elle impose une seule réponse de défiance, toujours la même, à une infinité de situations qui réclament des réponses innovantes pour rester viables.

Par exemple, Anne semble bien avoir trébuché devant la complexification croissante de ses univers :

elle hésite longuement à combiner vie sociale et de travail avec vie conjugale ;

  • elle se marie finalement à 35 ans.

Après son mariage, elle tente de réduire l’excès de complexité lié à la combinaison de ses mondes, en augmentant ses activités sociales (« c’était bonjour-bonsoir » disait-elle), c'est-à-dire en diminuant le temps conjugal ;

  • elle doit diminuer de même le temps d’intimité sexuelle en dressant la barrière de la vieille dame.

Elle hésite ensuite à combiner cet ensemble avec une maternité, éliminant même a priori l’éventualité d’assumer un bébé garçon ;

  • elle fait finalement un enfant.

après la naissance d’Elise, elle tente de réduire l’excès de complexité lié à la combinaison de ses mondes, en opérant des coupes sombres dans ses activités sociales et en dressant devant l’intimité conjugale la barrière des enfants qui souffrent ;

  • Ces barrières se révélant à la longue impropres à la protéger, Anne devra renoncer à aller au travail : le diagnostic alors porté de dépression nous semble inexact, mais il lui a permis de dresser un barrière supplémentaire entre elle et un extérieur qu’elle suppose trop hostile.

La complexité des réponses nécessaires à une combinaison viable entre ses mondes, et plus particulièrement depuis sa maternité, semble au dessus des moyens qu’elle peut mettre en œuvre à partir d’une base très consistante de défiance fondée sur des expériences traumatisantes de froideur et distance maternelle, de violence alcoolique paternelle et de viol, ainsi que sur des mythe familiaux colportant la même atmosphère de violence et de déni de protection.

Nous avons pu constater avec le génogramme de Anne que froideur maternelle et désespoir dans la relation mère-enfant, violence paternelle et mépris pour la gens masculine, sont les fruits empoisonnés de violences familiales et d’abandon dans les générations précédentes : Kramer (2002), avec son concept de mandat transgénérationnel, a mis en évidence ceci que certaines projections parentales orientent puissamment le destin psychologique des enfants ; il s’attache à repérer dans ses thérapies interactionnistes mère-enfant la permanence d’idéaux, de thèmes fantasmatiques, par lesquels s’opère ce qu’il appelle un endoctrinement de l’enfant. Nous parlerions de mythes familiaux, d’émotions ritualisées, de convictions émotionnellement étayées, d’habitudes de pensées ouvrant sur des actes récurrents en forme d’instructions auxquelles un enfant a d’autant moins les moyens de résister que son développement réclame de lui une posture de non-clôture. Ce qui se décrit habituellement en termes d’unités composites mère-enfant, père-enfant, famille-enfant, se décrit alors comme parasitage de l’enfant au seul bénéfice d’un parent.

Nous constatons ainsi que les générateurs de complication tendent à s’accumuler au fil des générations, dans un lent processus de désagrégation des capacités d’un système à métaboliser l’accroissement de complexité auquel il doit faire face, jusqu’à l’apparition de ce que nous appelons un malade désigné et qui n’est que la partie composante apparente d’un chaos systémique.

Le récit de Anne nous confronte donc au résultat d’une lente désagrégation de mondes successifs, jusqu’à celle de ses mondes intimes et maternels et l’arrêt-maladie.

Face à la complexification croissante de ses mondes, Anne tente de faire ce que tout humain fait tout au long de sa vie : mettre en place des réducteurs de complexité. Le problème est qu’elle ne dispose que de modèles mentaux générateurs de complication, car fondés sur une défiance puissamment déterminée par au moins trois générations. Ses tentatives de réduction de complexité (réduction des temps amoureux, augmentation puis réduction des temps sociaux, barrières de la vieille dame et des enfants qui souffrent) ne font qu’accentuer le chaos systémique dont elle a hérité, en ce qu’ils la conduisent inexorablement à appauvrir l’éventail des possibles. Les réponses qu’on peut dires programmées par instruction, qui provoquent un enchevêtrement confusionnel d’images fixes de niveaux différents : « gamines violées », « traite des blanches », « enfants qui ont faim », avec « faire l’amour » et « donner le biberon », le tout associé à une émotion panique, ne lui permettent manifestement pas d’aborder la complexité qu’une combinaison entre vie sociale, vie amoureuse dans le couple, nursing maternel et vie professionnelle. Anne se dirige vers un jeu de « solutions » de plus en plus réduit, puis radical : on bloque tout, avec pour effet une accentuation de la désagrégation de l’ensemble de ses mondes : couple, maternité, loisirs, travail.

Aucun d’entre nous ne peut fonctionner dans sa vie sans mettre régulièrement en œuvre des réducteurs de complexité, des machines à produire un rapport viable entre redondance et diversité : « En fait, l’organisation implique une sorte d’optimisation, compromis entre quantité d’information (c’est-à-dire variété) maximale et redondance maximale. » (Atlan 2000).

concrètement, les réducteurs de complexité sont des modèles mentaux, approximatifs mais qui autorisent une efficacité suffisante au quotidien. Il semble que les événements à effet traumatique se produisent en termes de générateurs de complication en ce que, à travers une stratégie monolithique de défiance c'est-à-dire de refus d’une prise de risque, ils réduisent excessivement notre souplesse d’accommodation à la complexité ambiante.

La technique :

Dans cette configuration, le problème le plus difficile pour le thérapeute systémicien est de ne pas se laisser glisser dans une attitude d’écoute passive qui, si elle n’exclut évidemment pas la possibilité d’une production progressive d’amélioration, exclut de fait les processus d’auto-guérison rapide qui sont, croyons-nous, des phénomène de type très peu progressif[18].

Il s’agit en effet de proposer aussi rapidement que possible, c'est-à-dire aussi rapidement que notre patient peut les co-produire, des balises de recadrage sur les frontières piratées par les instructions parasites, afin que s’opère un renversement de mondes. Ces balises, réducteurs de complexité à un niveau « macro », sont aussi des inducteurs de variété[19] à un niveau « micro ». Ce sont des propositions d’objets systémiques (couplages circularisants de mots) là où étaient des objets linéarisants (mots découplés[20]) :

  • par exemple, associer rapidement « quand vous faites l’amour et quand vous donnez le biberon » à « même sensation »,
  • ou « C’était terrible, Elise n’a rien laissé paraître » à « qu’attendiez-vous qui n’est pas venu ? »
  • ou encore « ne pas sentir un bébé dans son ventre » et « anesthésie sexuelle » ;

Nous avons pu remarquer que ces recadrages ont à chaque fois fonctionné comme réducteurs de complexité en ce que Anne a pu immédiatement prendre des risques qu’elle ne prenait pas avant : elle peut décider de laisser sa fille chez des amis, elle peut rééprouver de la tendresse et de la complicité avec son mari, elle peut, enfin, reprendre son travail.

Il nous paraît aussi que la rapidité de la thérapie dépend assez largement d’un rythme suffisamment soutenu, imprimé par un thérapeute qui, dans le même temps, ne cesse un seul instant de veiller sur le souffle de son patient : il n’est qu’à lire les comptes-rendus de thérapie de Mara Selvini, de Juliana Prata, de Salvatore Minuchin ou de jay Halley pour s’en convaincre. Ajoutons que le dynamisme stratégique en psychothérapie se travaille tout aussi bien que s’est travaillé durant un demi-siècle l’apathie stratégique[21].

Le modèle autopoïétique permet de décrire une psychothérapie en termes de couplage, lesquels impliquent le déroulement d’une co-ontogenèse patient(s)-thérapeute-contextes, que la contingence liée à la complexité du vivant produit en forme de dérive naturelle (trajectoires imprédictibles). Nous avons dit que la clôture des systèmes vivants tend à les contraindre à ne concevoir les autres systèmes qu’en termes d’environnement : ce que psychologues et sociologues observent en termes de xénophobie, d’ostracisme, de racisme, de familialisme, d’égocentrisme, d’organisation mafieuse, etc., renvoie clairement à ce phénomène.

La question de la forme du couplage tel que le thérapeute doit chercher à l’orienter nous semble être centrale en ce qu’elle induit l’essentiel de la dynamique de la thérapie. Ainsi, nous pensons que le thérapeute doit se situer dans le couplage patient-thérapeute dans la posture que Niklas luhmann nomme « pénétration » [22] : cette posture est celle d’un système qui « rend la production de sa propre complexité disponible pour la construction d’un autre système »[23]. « Dans la pénétration, ajoute-t-il, l’un peut observer comment le comportement du système pénétrant est co-déterminé par le système recevant (et éventuellement poursuit un chemin sans but et erratique hors de ce système, comme des fourmis ayant perdu leur fourmilière). »[24]

On ne peut mieux résumer le destin souhaitable du couplage patient(s)-thérapeute !

Cette description peut sembler paradoxale au regard de la manière dont nous semblons nous imposer en permanence dans la thérapie par le caractère pressant de nos interventions ; il faut cependant remarquer que nous veillons à ce que la totalité de nos interventions soient systématiquement empruntées au monde du patient et n’en soient qu’une expression tonique. Cette approche ne peut se fonder que sur une grande sensibilité du thérapeute à ses erreurs de traduction : une attention soutenue portée à l’analogique du patient permet de recoller à son univers en apportant en temps réel les corrections et bifurcations nécessaires à nos propositions.

C’est de cette façon, nous semble-t-il, que, à travers la co-production d’une clôture suffisante chez notre patient, nous favorisons le mieux cet effet d’auto-guérison d’apparence spectaculaire, mais qui relève en fait de la non entrave par le thérapeute de processus auto-organisationnels dont tout humain est capable pour peu qu’un couplage favorable l’y autorise.

 

Références bibliographiques :

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 Notes de bas de page :

[1] Un grand physicien disait : « il faut choisir : penser ou faire de la physique ! ».

[2] Von Foerster et McCulloch nous font remarquer que le nombre de neurones et de connexions dans le cerveau est plus de 100 000 fois plus important que le nombre de neurones sensitifs.

[3] Winnicott D.W. (1997) déprivation et délinquance. Payot. Il avait approché ce phénomène d’unité composite mère-nourrisson en termes de « maladie normale de la mère », de « dévotion », de « préoccupation maternelle précoce ».

[4] Exit le syncrétisme primitif et autres fusions postulés par la psychologie du 20ième siècle.

[5] Voir les statistiques de l’illettrisme, de la déscolarisation et de la délinquance juvénile en occident.

[6] nous avons pris le parti de fonctionner avec une rigueur aussi voisine que possible de celle des physiciens, qui annoncent régulièrement : « le modèle standard prédit l’existence de telle particule », et qui mettent en œuvre toutes leurs capacités d’observation et d’expérimentation pour vérifier leur assertion.

[7] Mariage non romantique, pas de divorce, prescriptions sexuelles et morales très contraignantes, cadres corporatifs et classes sociales peu perméables.

[8] Tous les travaux sur la mémoire et sur les capacités logiques de l’humain mettent assez clairement ceci en évidence que, au delà de l’articulation simple de 3 à 5 items, nous commençons à patauger (Cf. Baddeley).

[9] Il est facile d’observer comment un gadget tel la téléphonie mobile par exemple, peut redéfinir en profondeur le tissus social, politique et économique d’un continent et même du globe.

[10] Oubliant que les rues et les routes n’ont jamais été aussi sûres : jusqu’au 19ième siècle, sortir seul et sans arme le soir dans une ville, ou voyager seul d’une ville à l’autre revenait à se suicider. De nos jours, il reste possible de traverser une ZUP sans dommage.

[11] La faute à son inventivité technique et à la combinatoire indéfinie de son langage !

[12] Sur les effets neuro-endocrino-physiologiques d’une position subie, voir Vincent J-D (1990), « le moi neuro-endocrinologique », in Soi et non soi, (ouvr. coll.), Le Seuil, Paris,.

[13] A l’inverse, nous voyons se développer de manière très inquiétante des pratiques sociales généralisées d’ordalie, défit à la mort, tels que rapports sexuels non protégés, ski hors piste sans précaution, courses-poursuites en voiture, usages divers de drogues, qui sont autant de prises de risque individuelles désinsérées de toute nécessité adaptative. Nous posons l’hypothèse d’une pathologie spécifique de cette nouvelle donne sociale.

[14] Les noms, dates, lieux, professions, détails personnels ont, comme il se doit, été transformés de telle façon qu’ils garantissent le secret de la cure, sans pour autant en trahir la trame.

[15] Ayant nous-même pratiqué la psychanalyse durant 30 années, nous connaissons bien l’objection récurrente qui est faite aux thérapies brèves : on n’y irait pas assez au fond ! Cette confusion entre métaphore et processus est assez navrante : le fait que Freud ait cru bon de comparer l’inconscient aux abysses n’indique en rien que l’humain ait un fond comparable à celui des océans ou même d’un puits… Nous pensons quant à nous que la métaphore surface-fond est cruellement insuffisante pour aborder les processus en jeu dans une thérapie, ou même pour décrire quoi que ce soit de l’humain ; Lacan, très conscient de cette insuffisance, utilisait le tore et l’anneau de Moebius.

[16] Varela souligne que les systèmes autopoïétiques ne sont pas instructibles puisqu’auto-informés ; à l’inverse, les machines allopoïétiques, comme une voiture ou un lave-linge, sont parfaitement instructibles.

[17] Cf. Roustang F. (2000) La fin de la plainte, O. Jacob, paris.

[18] Nous les voyons d’un type très voisin du niveau 3 de l’apprentissage selon Bateson : l’apprentissage sur les contextes des structures de nos apprentissages.

[19] Concept dont nous proposerons un développement dans un travail ultérieur.

[20] Par exemple, nous sommes culturellement habitués à découpler les mots soumission et révolte, alors qu’ils constituent un seul et même objet circulaire : leur intelligibilité change radicalement lorsqu’on les couple.

[21] Freud n’avait pourtant pas donné ce modèle à ses héritiers: il se montrait très actif dans ses cures.

[22] Le modèle autopoïétique permet de décrire un nombre important de types de couplages, dans la thérapie, dans la famille, le couple ou les institutions.

[23] « We speak of « penetration » if a system makes its one complexity (…) available for constructing another system. » Luhmann N. (1995) Social systems, Stanford university Press, Stanford California. P. 213.

[24] « In penetration one can observehow the behavior of the penetrating system is co-determined by the receiving system (and eventually proceeds aimlessly and erratically outside this system, just like ants that have lost their ant hill). » Luhmann N. op.cit. p. 213.

 

Sites de recherche et réflexion systémique à consulter régulièrement :

MCX-APC

Le réseau « Intelligence de la Complexité » est soutenu et organisé par deux associations-sœurs : l’Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité (MCX) et l’Association pour la Pensée Complexe (APC), toutes deux présidées par deux complices de toujours : le Pr. Jean-Louis LE MOIGNE pour la première et le Pr. Edgar MORIN pour la seconde, deux références mondialement incontestées dans les registres de la pensée complexe.
Le site web MCX est une véritable mine d’or en matière de références bibliographiques. En outre, MCX-APC organise chaque année un Grand Débat réunissant les chercheurs les plus innovants en la matière : vous disposez dans ce site d’un échantillon vidéo de ces Grands Débats (MCX GRAND DEBAT 2006).

IDRES

L’IDRES, créé et animé par Jacques BEAUJEAN, est un site dédié aux praticiens de la systémique, thérapeutes, mais aussi tous les travailleurs sociaux concernés par cette approche. Sa particularité et son extrême richesse tient à ce qu’il offre une énorme quantité d’articles in extenso et qu’il est un site wiki totalement interactif. A visiter régulièrement, donc. L’IDRES, basée à Liège (Belgique), est aussi un institut de formation à l’adresse de qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien.

SICS

La Société Internationale des Conseillers de Synthèse, crée et animée par Armand BRAUN, offre un site de prospective et de réflexion économico-sociétale de grande valeur. Le site SICS dispose d’une riche bibliothèque, à consulter régulièrement.

 

Projet d'établissement 2002 du CNRS français :

"S'attacher à la complexité (…) c'est reconnaître que la modélisation se construit comme un point de vue pris sur le réel, à partir duquel un travail de mise en ordre, partiel et Ccntinuellement remaniable, peut être mis en œuvre"