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École des hautes études en santé publique (EHESP)
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Vous trouverez, dans la catégorie « éducation spécialisée » :
353 articles, 97 ouvrages, 13 chapitres d’ouvrage, 12 fascicules, 10 actes de congrès, 2 communications, 2 mémoires, 2 rapports, un film.
https://documentation.ehesp.fr/index.php?lvl=categ_see&id=26786

Un exemple de ce que vous y trouverez : 1 LA PRÉVENTION DE LA VIOLENCE ENTRE LES MINEURS ADOLESCENTS AU SEIN DES ÉTABLISSEMENTS D’ACCUEIL

RECOMMANDATIONS DE BONNES PRATIQUES PROFESSIONNELLES
PROTECTION DE L'ENFANCE

18 LA PRÉVENTION DE LA VIOLENCE ENTRE LES MINEURS ADOLESCENTS AU SEIN DES ÉTABLISSEMENTS D’ACCUEIL
CHAPITRE 1 - GARANTIR UNE SÉCURITÉ DE BASE AUX ADOLESCENTS
1. Conduire une politique de prévention des violences
ENJEUX ET EFFETS ATTENDUS :
la constitution d’une instance pluridisciplinaire, centrée sur la réflexion a posteriori au sujet des phénomènes de violence ;
la détermination, collective et partagée par les professionnels et les adolescents, des différents types et actes de violence. Instituer une instance interne pluridisciplinaire au sein de l’établissement, impliquant l’organisme gestionnaire, l’autorité de contrôle et de tarification, la direction, les professionnels, les adolescents et les titulaires de l’autorité parentale (sous réserve d’éventuelles décisions judiciaires).
POINT DE VIGILANCE :
L’instance pluridisciplinaire interne à l’établissement
L’instance interne, composée de façon pluridisciplinaire, constitue un espace de définition stratégique, de veille et d’évaluation de l’efficacité des actions de prévention visant à :
assurer une fonction d’observation de la violence dans l’établissement. Il s’agit de rapprocher et
d’analyser les différents indicateurs disponibles, afin d’objectiver la situation de l’établissement et de
préconiser les actions prioritaires à développer ou à intégrer dans le fonctionnement des services ;
formaliser et intégrer les évolutions dans l’organisation ;
évaluer la mise en œuvre et les effets des évolutions ;
assurer la communication des analyses en direction de l’ensemble des personnels.
Ses attributions majeures sont :
la définition des indicateurs pertinents pour évaluer les phénomènes de violence et suivre leur traitement. Les données analysées proviennent des statistiques d’accidents du travail, des protocoles de gestion des risques (fiches d’événements indésirables), du registre des plaintes ;
la définition du cadre et des instances disciplinaires internes de l’établissement : composition, saisine, attributions, voies de recours internes des différents niveaux disciplinaires ;
l’analyse des faits ayant occasionné la transmission d’une information préoccupante, d’un signalement à l’autorité judiciaire, d’une remontée d’événement grave. Il s’agit ici d’analyser le bon usage de ces outils par les professionnels ;
la définition des axes de progrès à travailler ;
la validation des procédures, des protocoles et des autres outils mis en place dans ce domaine.

Qualifier les formes de violences entre adolescents rencontrées au sein de l’établissement, en distinguant :
les violences verbales entre adolescents : grossièreté, jurons, injures, etc. ;
les violences psychologiques entre adolescents : chantage, refus de réparations décidées, racisme, sexisme, menaces de mort, intrusion physique dans l’espace de l’autre (non désirée, effraction, etc.), harcèlement physique et psychologique, etc. ;
les violences contre les biens entre adolescents : dégradation ou destruction des biens (chambre, vêtements, objets, objets personnels symboliques, matériel scolaire, etc.) d’autrui, vol des biens d’autrui, etc. ;
les violences sexuelles entre adolescents : insultes et violences verbales sexualisées, homophobie, harcèlement sexuel, voyeurisme, exhibitionnisme, atteintes sexuelles, agressions sexuelles de toutes sortes, etc. ; physiques entre adolescents : crachats, bousculade, brutalité, jeux violents et/ou dangereux, bagarre, racket, menaces avec armes, blessures physiques, coups, meurtres, etc. ;
les cyberviolences : les propos diffamatoires et discriminatoires ou à visée diffamatoire ou discriminatoire, l’usurpation d’identité, le piratage de compte, les propos humiliants, agressifs, injurieux, etc.

Intégrer à ce travail de définition les éléments de complexité suivants :
certains actes peuvent relever de plusieurs formes de violence, comme le racket, le vol des biens d’autrui, les crachats, etc. ;
les violences entre adolescents sont souvent réalisées en utilisant des « moyens » (force physique, association entre plusieurs jeunes, relation d’emprise, etc.) ;
certaines formes de violence sont le fruit d’une succession de faits dans le temps, d’autres d’une répétition du même fait dans le temps, d’autres sont constitués d’un acte unique ;
il n’existe pas de « gravité intrinsèque » de l’acte de violence, celle-ci doit être analysée en fonction du contexte, des motivations et de la personnalité de l’auteur, des conséquences sur la victime et le collectif, etc. ;
les conséquences des actes de violence sont distinctes, toutes ne sont pas réparables par l’établissement.


1.2 POSER L’INTERDIT GÉNÉRAL DE LA VIOLENCE
ET PROMOUVOIR UNE POLITIQUE DE NON-VIOLENCE AU SEIN DE L’ÉTABLISSEMENT
L’interdit de la violence entre personnes représente le premier fondement, légal, de la politique de prévention des violences. Le deuxième fondement est celui de la prise en compte des effets négatifs, incapacitants des actes de violence sur le développement, le bien-être et la progression individuelle des adolescents.
L’assise de la politique de prévention se caractérise dès lors par la mise en place de principes et de processus d’actions faisant systématiquement 48 référence à cet interdit et à ses justifications, tels que le principe de réponse systématique à tout acte de violence. Cette réponse devra néanmoins s’appuyer sur le principe49 de primauté de la réponse éducative (entendue comme l’acquisition par l’adolescent de postures, d’aptitudes et de compétences propres à le détourner de sa violence ou être le moins affecté possible par la violence de l’autre) face aux violences commises.
Enfin, la qualité de l’environnement relationnel et émotionnel agit auprès de l’adolescent et du collectif comme un facteur de protection face aux risques de violence

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HAS. Enquête sur les pratiques professionnelles contribuant à la bientraitance des enfants et des adolescents accueillis dans les établissements de la Protection de l’Enfance et de la PJJ

Protection de l’enfance : la HAS publie les résultats de son enquête sur la bientraitance

Communiqué de presse - Mis en ligne le 12 févr. 2019

12 février 2019

En France, en 2016, 299 600 mineurs étaient concernés par une mesure de protection de l’enfance qui se traduit dans environ la moitié des cas par un placement en dehors de leur famille. L’Anesm*, dont la Haute Autorité de Santé a intégré les missions en avril 2018, a lancé une enquête sur la bientraitance dans les structures accueillant des enfants dans le cadre de la protection de l’enfance afin de faire un état des lieux des pratiques et de permettre aux professionnels d’évaluer leurs actions et d’identifier de nouvelles pistes d’action. La HAS publie aujourd’hui les résultats de cette enquête et présente les travaux qu’elle a engagés pour aider les professionnels à améliorer leurs pratiques.

En France, il existe plus de 1500 établissements accueillant des enfants au titre de la protection de l’enfance. Il s’agit d’établissements de l’aide sociale à l’enfance (foyers de l’enfance, maisons d’enfants à caractère social – MECS) ou d’établissements de la protection judiciaire de la jeunesse (EPJJ). L’Anesm a initié en 2016 une enquête sur les pratiques d’accompagnement des enfants et adolescents accueillis dans ces structures au titre de la protection de l’enfance au sein desquelles la bientraitance est une qualité essentielle. Les résultats de l’enquête publiés aujourd’hui apportent des éléments sur la population des enfants accueillis, et permettent d’objectiver les difficultés rencontrées : pour la moitié des enfants, leur dossier mentionne qu’ils ont subi des faits de maltraitance ou y ont été exposés avant leur accueil, 15 % des enfants accueillis ont un handicap et sont reconnus par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) ou encore 10 % sont en décrochage scolaire. La mobilisation des équipes au sein de ces établissements doit permettre non seulement la satisfaction des besoins fondamentaux de l’enfant (santé, scolarité, besoin de sécurité) mais également de construire avec l’enfant son parcours de vie, de prendre en compte ses envies, de prévoir une organisation qui permette de respecter sa liberté d’aller et venir tout en prévenant le risque de fugues.

Des résultats qui pointent les priorités sur lesquelles les équipes doivent se concentrer

Dans 9 cas sur 10, un projet personnalisé est construit avec l’enfant mais sa transmission entre les différents acteurs de l’accompagnement est encore insuffisante. L’impact de la séparation de l’enfant vis-à-vis de sa famille et de ses proches est un risque à prendre en compte, un enfant sur deux ne les ayant pas vus au cours des 3 derniers mois. Les actions en matière de santé des enfants, notamment celles de prévention et de prise en charge de la souffrance psychique, sont à renforcer, seul un quart des établissements en ont mis en place selon les résultats de cette enquête.
Autre sujet de préoccupation, la scolarité des enfants accueillis : cet accompagnement doit être renforcé d’autant que 4 enfants sur 10 présentent des troubles de la compréhension. L’aide aux devoirs sur le temps libre de l’enfant doit être plus systématique.

 Des travaux engagés par la HAS pour aider les professionnels de la protection de l’enfance

Consciente de l’urgence que représente l’amélioration de la protection de l’enfance, la HAS va intégrer les résultats de cette enquête dans les différents travaux qu’elle a inscrits à son programme de travail. Ils seront ainsi inclus dans le référentiel d’évaluation externe des structures et établissements de la protection de l’enfance concernés pour permettre des actions d’amélioration. Par ailleurs, des recommandations de bonnes pratiques sur la scolarité, l’organisation de la sortie du dispositif, l’évaluation de la situation de danger des enfants ou encore sur la coordination entre services de pédopsychiatrie et services de protection de l’enfance vont être élaborés en 2019. Dès aujourd’hui, elle publie les recommandations sur la prévention de la violence entre mineurs accompagnés.

Dans ces travaux, l’attention particulière au  projet de vie de l’enfant, la prise en compte de son point de vue, la relation avec l’accompagnant seront au centre des recommandations. 

La HAS entend contribuer aux politiques publiques engagées par le gouvernement pour améliorer la situation et l’accompagnement des enfants et adolescents concernés.

Anesm* : Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2019-02/11_02_2

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Celles et ceux qui interviennent auprès des familles en difficulté savent que tant qu'aucun accordage n'est créé, rien d'utile ne se passe :

travail avec les familles
Les douze principes de soutien et d'aide efficace dans la relation parent-professionnel
Dunst, Trivette et Deal (1994) et Lacharité et al. (1999).

I- Le soutien est perçu comme plus efficace et favorable quand l'intervenant adopte une attitude positive et montre un désir sincère de prendre soin de l'autre (chaleur, générosité, encouragement).

2- Le soutien est perçu comme plus efficace et a plus de chances d'être reçu favorablement lorsque l'intervenant offre un soutien correspondant à un besoin ressenti par le parent et offert spontanément. Une sensibilité aux messages verbaux et non verbaux du parent est une qualité essentielle pour pouvoir agir adéquatement.

3- Le soutien est plus efficace quand l'intervenant permet que le processus de décision soit clairement contrôlé par le parent. Cela inclut les décisions à propos des besoins à satisfaire/buts à atteindre, des moyens utilisés et, donc, de l'acceptation ou du rejet du soutien. Le droit de refuser l'aide offerte doit être explicitement reconnu par l'intervenant, la décision de refuser doit être clairement validée (approuvée) et la possibilité d'échanges futurs doit être laissée ouverte. Moins l'aide implique une perte de liberté, plus elle est perçue comme favorable et efficace.

4- Le soutien est plus efficace s'il permet d'éviter de laisser l'impression que le parent est anormal par rapport aux autres personnes en même situation pour éviter le risque de sentiments d'infériorité et d'incompétence.

5- Le soutien est plus efficace lorsqu'il correspond à la compréhension et à la perception que le parent a de son problème ou de son besoin, car celle-ci exerce une grande influence sur la direction de sa conduite.

6- Le soutien a plus de chances d'être reçu favorablement si les « coûts » entrainés par sa recherche et son acceptation n'excèdent pas les « bénéfices » que le parent en retire. Le soutien aura tendance à être considéré comme positif s'il réduit les risques d'une baisse de l'estime de soi, s'il encourage l'exercice des libertés (processus de décision) et s'il favorise un sentiment de compétence et d'adéquation.

7- Le soutien a plus de chances d'être reçu favorablement si le parent a la possibilité de « retourner la pareille » (réciprocité) et que cette possibilité est clairement approuvée par l'intervenant sans être formellement attendue. La réciprocité est un moyen efficace pour réduire le sentiment de dette envers l'intervenant, elle permet au parent d'avoir l'impression d'avoir autant à donner qu'à recevoir.

8- Le soutien a plus de chances d'être bénéfique si le parent a l'impression de réussir immédiatement à régler son problème ou à combler son besoin (ou à vivre des réussites immédiates sur le trajet le menant à la résolution de son problème ou la satisfaction de son besoin). Cela peut être accompli principalement en encourageant l'utilisation des forces/capacités existantes de la personne pour résoudre des éléments du problème.

9- Le soutien est plus efficace si l'intervenant encourage l'utilisation des réseaux naturels de soutien du parent et ne favorise pas leur remplacement par un réseau d'aide professionnelle. Le soutien permet de redonner du pouvoir au parent s'il sert à améliorer les échanges entre lui et les personnes de son réseau social naturel et à encourager le sentiment d'appartenir à une communauté (plutôt que d'en être aliéné ou exclu).

10- Le soutien a plus de chances de promouvoir un fonctionnement positif si l'intervenant réussit à susciter chez le parent un sentiment de coopération et de responsabilité partagée (partenariat) dans la satisfaction d'un besoin ou la résolution d'un problème. La participation active du parent aux décisions qui le concernent, lui et son enfant, et le partage du poids des responsabilités entre lui et l'intervenant permettent au parent de se sentir valorisé, important et égal.

11- Le soutien a plus de chances d'être bénéfique si l'intervenant encourage l'aidé à acquérir des habiletés/stratégies permettant de réduire le besoin d'aide future. Si l'intervenant cherche activement à rendre l'aidé plus compétent et plus autonome, quel que soit le type de soutien fourni, ce soutien est perçu plus favorablement par l'aidé. Cela constitue l'une des caractéristiques les plus importantes de la relation de soutien entre l'aidé et l'intervenant.

12- Le soutien a plus de chances d'être bénéfique si l'aidé peut percevoir les améliorations (changements) dans sa situation et s'en sentir responsable (sentiment de contrôle et maitrise sur la situation). C'est surtout cet aspect qui permet aux changements de durer.

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A consulter :
ENQUETE ELAP

FRECHON Isabelle & MARPSAT Maryse, « Placement dans l’enfance et précarité de la situation de logement » in Economie et statistique n° 488-489, 2016.

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Quelques ouvrages de référence

Gaillard J-P. 2018. Enfants et adolescents en grande difficulté : la révolution sociothérapeutique. Nouvelles stratégies psycho-éducatives et thérapeutiques. ESF éditeur.

Gaillard J-P. 2020 (8ième édition augmentée). Enfants et adolescents en mutation: mode d’emploi pour les éducateurs, parents, enseignants et thérapeutes. ESF éditeur. Paris.

Gaillard J-P. 2020 (4ième édition augmentée). L’éducateur spécialisé, l’enfant handicapé et sa famille. ESF éditeur. Paris.

Ausloos G.2001. La compétence des familles ERES éditeur

Hardy G. 2016. S’il te plait, ne m’aide pas ! ERES éditeur

Desmurget M. 2019. La fabrique du crétin digital. Seuil.

Milot T. sous dir. 2018 : Trauma complexe : comprendre, évaluer, intervenir. Presses de l’Université du Québec.

Balaçon M. sous dir. 2020 : Pédiatrie médicolégale : mineurs en danger, du dépistage à l’expertise. Pour un parcours spécialisé protégé. Editions Elsevier-Masson (Chapitre 3 : le trauma complexe chez l’enfant et l’adolescent. Chapitre 4: L'impact des violences sur le développement somatique et psychique).

Desmurget M. 1019 : La fabrique du crétin digital. Seuil.
Lémonie y. Betton E. Ouvrier-Bonnaz R. : Normes et références : l’expérience en discussion. Travail, orientation, formation. ISBN 978-2-36630-116-8.

Les fondamentaux :

Bateson G. : La nature et la pensée. Seuil.

Varela F. : Autonomie et connaissance. Seuil.

Segal L. 1981: L’invention de la réalité. Seuil

Maturana H. & Varela F. L’arbre de la connaissance. Addison-Wesley. France

Luhmann N. : Systèmes sociaux. Esquisse d’une théorie générale. Presses de l’université de Laval. Québec.
                    La confiance. Un mécanisme de réduction de la complexité sociale. Economica – études sociologiques.

Smith J. sous dir. : Psychothérapie de la dissociation et du trauma. Dunod.

Lémonie y, Betton E, Ouvrier-Bonnaz R. Normes et références : l’expérience en discussion. Travail, orientation, formation. (ISBN 978-2-36630-116-8, 250 pages)

Articles :

Gaillard J-P. Gaillard J-P. 1998. « Théories et pratiques de l’apprentissage: sur l’enaction », in revue ANAE (Approche Neuropsychologique des Apprentissages chez l’Enfant), Paris.

Gaillard J-P. 1999. « Institution et violence : une lecture systémique. », in revue Thérapie familiale. Vol. XX n° 4.

Gaillard J-P. Gaillard J-P. 2001. « Petites claques sur la tête et miracles furtifs : repousser les limites dans l’efficacité des acteurs éducatifs », in revue Handicap, n° 89. 2001. Paris.

Gaillard J-P. 2002. « Choc traumatique et mémorisation : débriefing et débriefing différé. Une approche clinique et théorique de l’ESA et de l’ESPT. », in Revue Française de Psychiatrie et de psychologie Médicale. Décembre 2002, tome VII n° 61.

Gaillard J-P. 2005. « Réducteurs de variété en psychothérapie : les objets miroirs. », in revue Thérapie familiale. Vol. XXVII n° 1 - 2006.

Gaillard J-P. 2007. « Schizophrénie, le problème de la règle du jeu social. », in revue Perspectives psychiatriques vol. 46 n°4 oct-déc. 2007.

Gaillard J-P. 2008 « Sur le façonnement psychosociétal en cours : enjeux psychothérapeutiques et éducatifs. », in revue Thérapie familiale. Vol. XXVIII n° 4 - 2007.

Gaillard J-P. 2009. « S’il te plait dessine-moi un mutant. », in Journal du Droit des Jeunes n° 280 décembre 2008.

Gaillard J-P. 2009. Le couple contemporain, entre institution et connexion, in revue Cahiers Critiques de Thérapie Familiale et de pratiques de réseaux, De Boeck, Bruxelles.

Gaillard JP., Coenen R., Frieh-Bungert F., Hardy G. 2011 : Vers une neuro-éco-systémique : manifeste pour l’urgence d’un changement, in revue Thérapie familiale. Genève, vol. 32 n° 2 - 2011.

Gaillard JP 2014 : Famille d’un enfant handicapé et professionnels : Travailler vraiment ensemble. In Les Cahiers de l’ACTIF – mai-août 2014

Gaillard JP 2015 : Dix ans après : qu’en est-il du concept de mutation psychosociétale ? A quoi nos enfants mutants appartiennent-ils ? In revue en ligne EFTA.

Gaillard JP 2021 : Sur l’actuelle mutation sociétale et ses effets psychosociétaux. In dossier « Douance : sortir de la nébuleuse ». Revue Polytechnique la jaune et la rouge n° 762. Février 2021.

Bertoux M. Duclos H., Caillaud M., Segobin S, Merck C, De La Sayette V, Belliard S., Desgranges B., Eustache F., Laisney M. : When affect overlaps with concept: emotion recognition in semantic variant of primary progressive aphasia. In revue Brain, Volume 143, Issue 12, December 2020, Pages 3850–3864, https://doi.org/10.1093/brain/awaa313. Published : 22 November 2020

MICRONUTRITION en DITEP : l’expérience de MIRECOURT

MOTTIER O. 2019 : Une révolution socio-éducative. Vers de nouveaux concepts psycho-éducatifs et thérapeutiques.

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Sites web importants :

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Revues :

ASH n° 3204 : Violences, les comprendre, s’en préserver.

Lien Social

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Une illustration de ce que peut être une pensée épistémologique : la physicienne Mioara Mugur-Schächter.

(2) Intervention de Mioara Mugur-Schächter

Mioara Mugur-Schächter est physicienne, présidente du CeSEF à Paris.

"Sur le Tissage des connaissances"

je suis censée aujourd’hui vous présenter un livre qui vient de paraître récemment, qui s'intitule « sur le tissage des connaissances ». le titre est engageant mais le contenu du livre peut prêter à des étonnements et quelque fois à des difficultés, car il s'agit d'une méthode, non pas logique, mais une méthode de conceptualisation , qui est quelque chose que je n'avais pas vu auparavant et qui s'est imposée petit à petit à moi par une voie assez singulière. Alors plutôt que d'essayer l'impossible et de dire trop sur le contenu du livre lui-même, je préfèrerais étant donné les conditions qui sont très rapides, être plus anecdotique et parler un peu de la source de ce livre et pour finir donner quelques caractéristiques tout à fait extérieures, tout à fait générales. Parce qu'à propos de la source du livre je n'ai pas encore eu l'occasion de m'expliquer pour des raisons qui vont d'ailleurs ressortir. Le contenu du livre sort donc d'une fréquentation très prolongée des fondements de la mécanique quantique qui une fois qu’on aborde cette discipline amène à considérer de très près les probabilités, la logique, la théorie de l'information, tout cela tient d'une façon très foncière à toute notre manière de réfléchir et surtout de communiquer. Il se trouve que la mécanique quantique comme vous le savez probablement par ouï dire ou par des connaissances plus précises, n'est pas tout à fait une théorie comme les autres. Je dirai presque que j'hésite à dire qu'il s'agit là d'une théorie physique au sens habituel du mot. Par exemple si on prend la mécanique Newtonienne ou bien l'électromagnétisme de Maxwell, ce sont des élaborations, des représentations de faits que l'on commence par percevoir en tant que faits. On a donc d'abord amplement, et sur des périodes historiques, l'occasion de se familiariser avec ce de quoi il s'agit, et ensuite petit à petit on distille une représentation mathématisée. et voilà une théorie physique de faits réels. Quant à la mécanique quantique les choses se sont passées tout à fait différemment. Il y eut une crise, à un moment donné, aux alentours de 1900, où les théories classiques, qui étaient très mises au point et qui semblaient devoir pour l'éternité permettre à l'homme de prévoir dans le moindre détail tout ce qui allait se produire et de dominer de toutes les manières, techniques ou intellectuelles, la réalité physique, et bien il s'est produit une crise où on a vu que les modèles que l'on transporte dans la microphysique à partir des intuitions formées dans le macroscopique, notamment dans la mécanique newtonienne mais aussi dans l'électromagnétisme, et puis ensuite le passage qu'on a fait en modélisant en termes newtoniens vers la thermodynamique statistique, finalement amène à une crise totale. Dans cette thermodynamique statistique, il y avait des phénomènes qui résistaient absolument à cette modélisation transplantée du domaine macroscopique. Et alors il s'est produit quelque chose de curieux, il y a eu comme des petites étincelles de solutions bricolantes si je puis dire. Il y a eu le postulat de Plank selon lequel l'énergie est quantifiée, il y a eu ensuite l'intervention d'Einstein, assez insolite d’ailleurs, selon laquelle même la lumière n'a pas une structure continue mais est faite de petits paquets d'énergie appelés des photons ; ensuite il y a eu le postulat de Böhr qui disait que dans une structure atomique, les électrons sont fixés sur une espèce de trajectoire qui ne peut être quittée que de façon discontinue. Et ainsi de suite, à tel point qu'un physicien anglais célèbre se plaignait, il disait : « le lundi, mercredi et vendredi je fais de la physique classique, et les autres jours j applique les postulats quantiques. » Et c'était vraiment une situation de désarroi. Or, à ce moment-là, il s'est produit quelque chose sans précédent dans la pensée scientifique. rigoureusement sans précédent ; ça a été quoi? d'abord, l'apparition d'une sorte de modèle, on imagine comment cela pourrait être ce qu on appelle un microsystème, c'est le modèle de De Broglie qui associe à un endroit singulier où il y avait quelque chose comme un point, mais on ne savait pas exactement quelle espèce de point, est-ce que c'était un point matériel, est-ce que c'était un point de vibrations très grandes ? Tout cela était entouré, englobé dans une onde, on appelait ça le modèle onde/particule. Pourquoi particule, c'est historique, il n'y avait pas de particule il y avait une singularité, mais on était tellement attaché aux billes mécaniques qu’on a mis « particule ». Et puis Schroedinger qui a vu ça, qui par ailleurs a eu une année d'intuitions absolument fantastiques pendant laquelle il a publié coup sur coup une série d'énormes mémoires et qui a donné une espèce de formalisation, en terme ondulatoire. Presque dans la même année, est apparu un travail du jeune Einsenberg qui donnait d'autres mathématiques, des mathématiques du type algébrique, et qui avait introduit le concept de matrice sans savoir que c'étaient des matrices et tous ces formalismes qui provenaient de divers endroits, il y en a eu d'autres, que je ne cite pas, se sont constitués très vite dans un formalisme mathématique une thèse très cohérente, parfaitement cohérente sur le plan logico-mathématique. Alors comment est-ce possible? cela reste une grande interrogation mais le fait est qu'il s'est imposé que ce formalisme était performant, que tout d'abord il intégrait tout ce qu'on avait dit et que d'autre part il permettait des prévisions. Donc dans ces conditions est-ce que cette mécanique quantique était une discipline, une théorie physique ou bien était-ce un algorythme pour les prévisions physiques ? La question a commencé à s'imposer à partir d'une suite de problèmes d'interprétation qui ont commencé à surgir. Comment se fait-il que quand on mesure on décrit d'abord quelque chose d'ondulatoire qui représente des probabilités et puis tout à coup on obtient un seul résultat précis. Comment se fait ceci et cela ; cette théorie est-elle complète ou ne l'est-elle pas ? que veut dire une théorie complète ? Alors on s'est dit que complète voudrait dire que ça donnerait une image de ce qui est. Mais ça n'en donnait pas. Serait-il possible d'en donner une ? Et à ce moment-là est apparu un drôle de théorème, le théorème de von Neumann qui prétendait avoir démontré noir sur blanc que jamais il ne serait possible de compléter le formalisme quantique avec des paramètres supplémentaires, on appelait cela des paramètres cachés, de manière à ce qu'ils soient cohérents avec le formalisme qui, lui, est cohérent et performant. Et puis à la suite de ça est venu un autre théorème, de Wigner, qui disait que des probabilités conjointes ici et maintenant, voilà la position voilà la quantité de mouvement de cette singularité qui était apparue chez de Broglie ce n'était pas imaginable non plus, donc des théorèmes d'impossibilité. Et puis, en 1964 est apparu un nouveau paradoxe qui n'a pas retenu l'attention mais qui a explosé dans les années 70 et même 75, le problème de localité. Qui n'a pas entendu parler du problème de localité ? Et ce paradoxe se poursuit à ce jour, les problèmes d'interprétation se poursuivent à ce jour, et il se produit un phénomène curieux, que j'ai vécu à partir de ces racines parce que personnellement je suis entrée en jeu avec le théorème de von Neumann que j'ai réussi à invalider et puis ensuite le théorème de Wigner, que j'ai pu invalider. C'était des théorèmes d'impossibilité et on a donc pu y opposer des impossibilités d'affirmer l'impossibilité.

Mais cela n'approchait absolument pas le coeur des choses. donc voilà une théorie qui est absolument fondamentale par son objet : elle parle de la manière dont est fait tout ce dont est issu un objet que nous pouvons connaître et qu'on ne comprend pas, et qui pose à ce jour des problèmes d'interprétation. Mais entre temps, il y a eu une évolution, on est allé plus loin ; il y a eu la théorie des champs, la théorie des particules élémentaires, la théorie des cordes, la physique théorique a continué son essor, et les problèmes d'interprétation sont restés de plus en plus dans l'ombre des coeurs si je puis dire; parce que chacun, quand il a contact avec la théorie, qu'il soit nouveau ou ancien, a cette impression d'incompréhensible qui est tout à fait affolante; mais cette impression-là a été mise en attente et silence comme disent les anglais, par le fait que les théorisations continuent et on se rend compte qu'il y a là un danger: tout ce qu'il y a de profond dans cette incompréhension va aller se perdre, se dissoudre dans le cours des choses. Je me souviens de l'époque, du moment exact où je suis passée personnellement comme avec une opération de commutation électrique de l'attitude critique à une attitude constructive en ce qui concerne cette situation. C'était à l'occasion d'un colloque sur la non-localité où il y avait des gens très intéressants, une poignée, douze, ont pris la parole, et où j'ai pris la liberté, je me suis permise de montrer pourquoi je ne pouvais être en accord avec aucune des factions qui prenaient parti concernant ce problème de non-localité. et j’ai rappelé les gens à l'essence de la chose, à savoir qu'on ne comprend pas, tout simplement. On ne comprend pas cette situation. Et que à partir de là, si on s'acharnait à comprendre au lieu d'aller plus loin on pouvait peut-être espérer de faire une descente dans les strates vraiment profondes de la constitution, des processus de constitution des connaissances. Et personnellement c'est à partir de là que je me suis mise sur ce chemin là. Et puis très vite j'ai eu l'impression de comprendre la structure très mystérieuse des probabilités quantiques parce que ce sont des probabilités pas comme des probabilités classiques, ce sont des probabilités et pourtant ce ne sont pas des probabilités normales. Puis ensuite j'ai eu l'impression de comprendre la structure logique qui se cache dans la théorie mais à chaque fois, ce que j'avais l'impression de comprendre était comme arrêté par une vitre givrée qui était le formalisme. J'ai essayé de comprendre en regardant à travers le formalisme et je me suis rendu compte que c'est le formalisme qui fait obstruction, pas autre chose que le formalisme, mais si vous enlevez le formalisme, que reste-t-il pour mettre la main dessus ? A ce moment-là je me suis dit que si on avait le courage de faire table rase, mais complètement table rase de tout ce qui est formalisation et d'essayer de se mettre dans la peau d'un humain qui veut construire des connaissances concernant ce qu'on appelle un micro-état, (c'est l'objet de la mécanique quantique, pas micro système mais micro état) et voir comment on pourrait commencer une telle construction de connaissances. Et là, petit à petit, j'ai fait cet exercice et, finalement, j'ai abouti à construire une chose qui actuellement est construite, elle n'est pas encore parue mais elle paraîtra prochainement. J'ai appelé cela « l'infra mécanique quantique » et c'est une drôle de chose, c'est une théorie physico-épistémologique, parce que cela met l'accent sur les contraintes d'une situation cognitive, sur ce qu'on fait des opération, sur ce qu'on décide sur le plan méthodologique pour pouvoir dire quelque chose concernant l'effet des opérations. Et petit à petit, de cette manière là, s'est constitué un équivalant qualitatif qu'on reconnaît clairement comme tel lorsqu'on connaît le formalisme quantique ; si on ne le connaissait pas, on ne saurait pas, mais quand on le connaît, c'est comme une ombre jetée par ce formalisme, sur le plan le plus profond de la construction des connaissances. Et cette infra mécanique quantique qui était dans mon esprit sans être tout à fait construite, est celle qui a pivoté de façon en quelque sorte parallèle avec des élucidations de physique concernant justement les probabilités quantiques, la logique quantique et d'autres aspects. C'est cela qui marchait en parallèle à élaborer ce que j'appelle maintenant une méthode de conceptualisation relativiste.

Alors pourquoi relativiser ? Parce que dans l'infra mécanique quantique que j'ai maintenant, dans mes poches, je peux le dire, il apparaît un être descriptionnel qui est la description d'un micro état tout à fait qualitatif et dont la structure n'est pas la structure classique d'une description. Lorsque vous dites au sens classique que vous décrivez quelque chose, vous imaginez l'objet qui est là. Vous imaginez : c'est la logique qui nous incite à présenter les choses de cette façon, des qualifications qui existent dans l'air du temps et vous faîtes une sorte de face à face entre l'ensemble des qualifications et l'objet. Vous demandez : « est-ce qu'il est coloré? » c'est-à-dire que vous prenez une qualification préexistante, puis vous le regardez et vous dites : « je vois que c'est rouge, c'est grand, c'est petit, etc. ». Vous voyez ! Il y a un face à face entre des objets qui sont là, et des qualifications qui elles aussi sont là et ensuite c'est le prédicat qui choisit la classe d'objet qui lui convient, etc. Et on tombe dans la logique classique.

Eh bien là, il s'agit de tout à fait autre chose. Dans cette approche de reconstruction qualitative d'une description d'un micro état, j'ai vu que l'on est obligé, quand on est à la limite, quand on est vraiment dans des conditions de pénurie extrême, que l’on est acculé à forger ce que vous allez considérer comme l'objet de description, forger l'entité objet de description avant de la connaître, mais vous devez cependant l'avoir séparée du fond du réel ; j’ai vu qu'ensuite il faut forger vos qualificateurs opérationnellement et conceptuellement, et que tout cela vous donne à la suite une structure qui est fortement relativisée à l'opération par laquelle vous avez forgé votre objet, à l'opération par laquelle vous avez forgé des qualificateurs et que cette description d'un genre nouveau, des micro états, ce n'est pas si particulier que ça : ça a été la grande surprise, ça incorpore de l'universel. Une fois qu'on l'a devant les yeux, on voit que, en fait, c'est ainsi qu'on fait universellement et que nous vivons dans une sorte d'illusion classique selon laquelle il y a ces préexistances desquelles j'ai parlé, et que, finalement, si vous voulez vraiment, à partir de cette atteinte du fond des apparitions de structure de connaissance, reconstruire tout inclusivement des niveaux logiques classiques et le niveau probabiliste classique, il faut faire une montée graduelle. Cette montée graduelle je l'ai décrite dans Le tissage des connaissances. Je dis encore trois mots sur les caractéristiques de cette méthode: il apparaît les choses suivantes, que j'énonce sans rien expliquer: il faut être normatif de façon déclarée : comment le faire ? Dire que l'on décrit tel que c'est, de façon en quelque sorte passive, est une illusion parmi beaucoup d'autres illusions. Donc une fois que vous voyez cette impossibilité d'échapper aux normes, aux méthodes, il faut y aller de façon tout à fait ouverte et radicale, et là j'ai donc fait une représentation du tissage des connaissances qui est clairement normative, finalisée, relativisante, foncièrement, mais qui laisse complètement libre le choix des opérations par lesquelles vous forgez un objet ou des qualifications, ce qui est la zone d'absolue et insuppressible liberté de l'Homme dans ce processus.

Je ne pense pas qu'il y aura jamais un programme d'ordinateur qui puisse remplacer par une programmation ces hiatus qui sont constitués par la donnée de l'objet et la donnée des qualifications, la construction des qualifications.

Ensuite c'est une méthode qui est enracinée en dessous des langages, elle est enracinée forcément puisqu'elle sort par généralisation de la mécanique quantique qui est opérationnelle et qui est quelque chose qui est dit mathématiquement, mais qui est fait en dessous des langages ; c'est quelque chose qui est là aussi enraciné en dessous des langages, et je pense que c'est là sa force. Ça montre comment on construit des fragments de réel purement factuels et comment on en fait quelque chose qui, petit à petit, va donner des descriptions.

Ces strates de description tout à fait premières, parmi lesquelles se trouvent les descriptions quantiques, mais dont j’ai généralisé l’application à toute émergence de connaissances, étaient absolument insoupçonnées. Cette strate n'a absolument aucune trace soupçonnable dans notre logique, fregelienne ou autre, elle n'a aucune trace visible dans les probabilités classiques et aucune trace visible dans les langages usuels.

Il y a donc cette strate qui vient de cet attrapage d'un élément de factualité purement physique, lequel est transformé dans du descriptible communiquant. Ça pénètre dans le langage pour la toute première fois. De cette façon apparaît une coupure entre ce que j'appelle des descriptions de toute première émergence de connaissance, qui sont la strate initiale, et des descriptions classiques qui sont essentiellement des modélisations, superposées de façon à rendre intelligible d'une manière simple, extrêmement succinte, extrêmement synthétique, à rendre utilisable vite et bien ce que contient la strate sous-jacente. La coupure, qui a fait tant de problèmes entre quantique et classique, se transforme là en une coupure beaucoup plus vaste, entre description première et modélisation classique.

La mise en vue de cette nouvelle strate, l’élaboration menée jusqu'au bout des connexions avec la strate classique, je l'ai fait dans la reconstruction de la logique, des probabilités et de la théorie de l'information. De ce fait, chaque fois que l'on essaie d'appliquer cette méthode à un problème particulier, elle clarifie systématiquement, elle clarifie ce qui paraissait brumeux ou tout simplement inintelligible ; et ça conduit aussi à des unifications parce que, quand vous avez ceci qui pointe ici et ceci qui pointe là et que vous ne savez pas ce qui se passe en dessous du niveau où pointent les deux directions, vous ne pouvez pas rêver d'unification : mais quand vous allez en dessous vous voyez si ça se rencontre, où, et comment.

 

Débat sur l’intervention de Mioara Mugur-Schächter

Jean-Paul Gaillard, rapporteur

Mioara sait que je suis un aficionado, un inconditionnel de son travail. Je reprends quelques éléments de base : toute opération de connaissance est d'abord singulière et évidemment subjective ; elle s'opère dans un espace de réalité que Mioara appelle l'espace de réservoir de connaissance et l'objet de connaissance va émerger à partir de ce réservoir. Une question très importante : Mioara parle de générateur d'objet, comment l'objet émerge-t-il dans cet espace de réalité qu'est le réservoir de connaissances ?

Pouvez-vous, Mioara, nous donner quelques éléments sur la manière dont l'objet émerge de cet espace là ?

Mioara Mugur-Schächter 

Et bien la façon la plus dramatique de comprendre l'émergence d'un objet à partir de rien, c'est justement par la micro-physique mécanique quantique ; là ce que vous voulez, c'est étudier des étapes par exemple d'électrons. On n'avait jamais vu un électron et personne ne le verra tant qu'on ne fera pas peut-être de manipulation génétique qui change l'être humain. Alors que fait-on ? Et bien la conceptualisation a d'abord forgé ce concept d'électron, pas d'état d'électron mais d'électron. C'est un truc stable qui a telle masse, telle charge électrique etc... mais on ne sait absolument pas comment on sait. Et puis on parle d'état d'électron, état libre, état lié etc. La mécanique quantique ne parle pas comme la physique atomique ni la physique des particules élémentaires, des électrons et des autres micro systèmes mais des états. Alors comment apparaît un état d'électron? On dit par exemple qu'un morceau de métal contient des électrons qui sont libres en surface, et que de temps à autre ils s'échappent si la température est assez grande. Alors on chauffe du métal, on met un tube devant l'endroit où on chauffe le métal, on met une différence de potentiel devant les deux extrémités du tube, on sait que la charge est positive, avec la différence de potentiel on va faire en sorte, qu'elle accélère vers l'observateur ce qu'on appelle électron et il en sort un état d'électron. Comment tirer cet état ? On commence à se faire des images, on dit : « puisque le tube est long, supposons qu'il soit très long », s'il est très long, petit à petit, même si ça allait plutôt vers la gauche ou plutôt vers la droite, on aura sélectionné ceux qui vont suffisamment droit pour sortir. Donc ça aura une direction, quelle qu'elle soit, dans la direction de l'axe. Et puis ça aura telle ou telle caractéristique, et puis on imagine vaguement comment est cet état d'électron. Mais on imagine sans écrire quelque chose de comminatoire concernant la façon dont on imagine, on reste très prudent et on dit qu’on ne saura rien avant d'opérer des mesures dessus. Alors comment opérer des mesures sur quelque chose qui sort invisiblement au bout de ce tuyau à différence de potentiel que vous ne voyez absolument pas ? Evidemment vous pouvez mettre un écran, et on constate que quand il y a un écran sensible dedans, il y a un impact ponctuel, c'est ce qui semblerait justifier qu'il s'agit de quelque chose qu’on appelle billes. Mais d'autre part si vous mettez un écran qui a deux trous et un autre écran derrière, vous n'avez pas seulement ça, vous avez, quand vous répétez la procédure, une sorte de diffraction faite de petits impacts qu’on appelle ondes. Et donc on confirme le modèle singularité/ondes mais par des mesures de quantités de mouvement et de position. Donc vous voyez qu'on a créé un état d'électron, on a essayé de voir comment il est par des mesures, et que tout cela a été par des opérations qui ont introduit des éléments de conceptualisation précédente, mais qui ont été finalement à la base opérationnelle. Vous voyez, et ce qui en sort en tant que description, et bien c'est quelque chose qui conjugue les concepts, les opérations et les prévisions qu'on peut en faire.

George-Yves Kervern

Mioara, l'exposé historique est très clair, vous donnez la source de la physique quantique, mais qu'est ce qui vous fait penser actuellement que le schéma de conception que vous avez en tête peut s'appliquer en dehors de la physique, et à quoi?

Mioara Mugur-Schächter

Je vous réponds tout de suite, par exemple quand on fait une analyse médicale, qu'est ce qu'on fait ? Si l'analyse est compliquée, on prend une quantité de sang, on fait des petits paquets dans des éprouvettes différentes, et on dit là on va mesurer ceci là on va mesurer cela. Et ce qu'on cherche c'est une description de la maladie d'un homme. Donc vous avez un état de quelqu'un, que vous ne connaissez pas, vous voulez l'étudier, vous créez une entité objet d'étude par des opérations matérielles, et des façons d'examiner par des opérations matérielles, puis ensuite vous sortez une description de votre entité objet initiale conceptuelle qui était la maladie d'un homme. Il y a mille exemple de ce genre dans la vie de tous les jours, que font les robots qui vont dans la lune, qui prennent des petits échantillons, ils soumettent à divers examens, tout cela est à l'aveuglette exactement comme en physique quantique. et puis on fait des descriptions et finalement des modèles.

Un auditeur 

Une question qui a trait directement à la limite de la précédente, à savoir si on pense maintenant aux sciences humaines, est-ce également transposable, avec quelles précautions peut-être nouvelles en passant au niveau des sciences humaines?

Mioara Mugur-Schächter 

je fais à ma façon… tout d'abord pour les sciences sociales, je reviens pour un instant en microphysique fondamentale; là quand vous étudiez un état d'un microsystème, un micro-état, une fois que vous avez appris quelque chose à partir d'un exemplaire, l'exemplaire est détruit, vous pouvez refaire un autre exemplaire pour poser une autre question. ; et même pour la même question vous devez refaire beaucoup de fois un exemplaire, opérer des mesures dessus, un autre exemplaire, opérer des mesures dessus, pour voir comment ça se distribue, parce qu'il y a là une distribution de probabilités. Même si vous pensez faire exactement la même chose à chaque fois, on est devant un probabilisme que j'appelle primordial. C'est un probabilisme qui vous fait dire que ce sont les probabilités qui sont le postulat et le déterminisme qui est le modèle parce que les probabilités émergent en toute première instance. Eh bien c'est pareil en sciences sociales. Je crois qu'en sciences sociales le secret est celui-ci : trouver une manière de séparer, trouver une façon de faire qui vous dise que vous êtes devant un échantillon, devant un exemplaire de ce que vous voulez étudier. Vous voulez étudier telle situation de danger -je réponds à George-Yves Kervern- à ce moment-là par exemple si c'est un danger d'incendie dans un immeuble, vous essayez de prendre des immeubles aussi semblables que possible, de regarder les statistiques pour bien choisir un échantillon aussi uniforme que possible, de façon à pouvoir dire que vous avez fait la même opération de génération à chaque fois. Puis ensuite vous regardez ce qui s'est passé, vous avez un regard qualificateur qui est à la recherche des modes d'apparition des faits, les incendies ; et vous faites les statistiques que l'on fait probablement chez les assureurs. A partir de cette répétition de paires « création d'entité objet / examen appliqué sur l'exemplaire créé », vous pouvez avoir ou bien toujours la même réponse : alors vous êtes dans du déterminisme classique, ou bien une distribution de réponses, et là vous êtes dans cet indéterminisme foncier, fondamental qui d'après moi est au coeur des choses. Alors, une fois que vous avez ça vous pouvez prévoir ; ce n'est pas parce que il y a distribution probabiliste qu'on ne peut pas prévoir. La mécanique quantique prévoit ; elle fait plus que prévoir, elle parvient à contraindre de plus en plus la manière de forger l'entité objet de façon à pouvoir prédire avec précision pour une question et pas deux. Voyez-vous ? Et je réponds à M. Delorme : c'est comme ça que, à partir de cette strate première, je crois qu'on peut faire un certain passage dans les sciences sociales. Enfin je réponds au monsieur qui posait la question sur la transcendance : je crois qu'il y a dans la question quelque chose de très fondamental. En développant la méthode, j'ai constaté qu'elle pouvait donner une preuve, une démonstration des limites de la connaissance constructible de façon rationnelle. Parce qu’on ne connaît que ce qu'on décrit, on ne connaît rien qui ne soit jamais décrit, ce n'est pas une connaissance. Et quand vous avez des lois de la description, alors le fait qu'il y ait des relativités qui marquent les descriptions vous amène à reconnaître qu'il y a des limites. Donc, avec la transcendance, la relation ne peut se faire que de façon subjective et postulatoire. si moi je me sens tranquille en postulant qu'il y a un au-delà où je serai après ma mort, je vais le faire librement, mais en disant que c'est un postulat infime et si vous, vous avez une autre opinion, vous postulerez qu'il n'y a pas d'au-delà, qu'il n'y a que du matériel, que vous disparaîtrez entièrement mais ça sera une autre déclaration infime.

Marie-José Avenier, Présidente. 

Merci infiniment Mioara. Maintenant, je me tourne vers André De Peretti et je lui donne la parole.

Mugur-Schächter M. 2006. Sur le tissage des connaissances. Lavoisier éditeur, coll. Ingénierie Représentationnelle et Construction de Sens.

Sites de recherche et réflexion systémique à consulter régulièrement :

IS3G

L’Institut Systémique 3ième Génération s’est donné pour tâche de former les thérapeutes du 21ième siècle, capables d’aborder les changements radicaux d’ores et déjà visibles dans les fonctionnements familiaux, institutionnels et individuels, liés à la mutation sociétale en cours. L’IS3G offre une formation longue à qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien. Il est basé à Strasbourg, mais intervient dans toutes les villes rassemblant un groupe de postulants de dix personnes au moins.
les journées d'étude et les formations, sur : www.frieh-bungert.fr

MCX-APC

Le réseau « Intelligence de la Complexité » est soutenu et organisé par deux associations-sœurs : l’Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité (MCX) et l’Association pour la Pensée Complexe (APC), toutes deux présidées par deux complices de toujours : le Pr. Jean-Louis LE MOIGNE pour la première et le Pr. Edgar MORIN pour la seconde, deux références mondialement incontestées dans les registres de la pensée complexe.
Le site web MCX est une véritable mine d’or en matière de références bibliographiques. En outre, MCX-APC organise chaque année un Grand Débat réunissant les chercheurs les plus innovants en la matière : vous disposez dans ce site d’un échantillon vidéo de ces Grands Débats (MCX GRAND DEBAT 2006).

IDRES

L’IDRES, créé et animé par Jacques BEAUJEAN, est un site dédié aux praticiens de la systémique, thérapeutes, mais aussi tous les travailleurs sociaux concernés par cette approche. Sa particularité et son extrême richesse tient à ce qu’il offre une énorme quantité d’articles in extenso et qu’il est un site wiki totalement interactif. A visiter régulièrement, donc. L’IDRES, basée à Liège (Belgique), est aussi un institut de formation à l’adresse de qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien.

SICS

La Société Internationale des Conseillers de Synthèse, crée et animée par Armand BRAUN, offre un site de prospective et de réflexion économico-sociétale de grande valeur. Le site SICS dispose d’une riche bibliothèque, à consulter régulièrement.

 

Projet d'établissement 2002 du CNRS français :

"S'attacher à la complexité (…) c'est reconnaître que la modélisation se construit comme un point de vue pris sur le réel, à partir duquel un travail de mise en ordre, partiel et Ccntinuellement remaniable, peut être mis en œuvre"