Réducteurs de variété en psychothérapie :les objets-miroir.

Jean-Paul Gaillard[1]

In revue Thérapie familiale. Editions Médecine et Hygiène. Genève, vol. XXVII n° 1 - 2006.

(avertissement : les dessins d'objets miroir ne "passent" pas sur ce site. Vous les trouverez dans le texte initial, sur Cairn par exemple)

 

Résumé : Réducteur de variété en psychothérapie : les objets-miroirs. L’auteur propose une réflexion autour des processus affiliatifs en thérapie. Il décrit ensuite deux objets psychothérapeutiques, construits autour du concept de réducteur de variété, l’un spécifique des processus de deuil, l’autre spécifique des processus de séparation-individuation. Les caractéristiques dynamiques de ces objets le conduisent à les appeler « objets-miroirs ».

Mots clés : complexité - réducteur de variété – psychothérapie – objets miroirs – deuil – séparation individuation.

Sumary : Variety reducer in psychotherapy: the mirror-objects. The author proposes a reflection on joining processes in therapy. Than, he describes two therapeutic objects, made about concept of variety reducer : the first is specific of bereavement processes, the two of separating-individuing processes. Because the dynamic characteristics of those objects, he gives them the name of mirror objects.

Key words : complexity – variety reducer – psychotherapy – mirror objects – bereavement - separating-individuing processes

Resumen : Reductor de varietad en psicoterapia: objetos espejos. El autor propone una reflexión en torno a los procesos de afiliación en psicoterapia. Describe a continuación dos objetos psicoterapéuticos, construidos en torno al concepto de reductor de variedad: un objeto específico de los procesos de luto, otro objeto específico de los procesos separacio'n- individuación. Llama estos asuntos: "objetos-espejo".

Palabres claves : complejidad - reductor de variedad - psicoterapia - objetos espejos - luto - separación individuación.

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Réducteur de variété.

Nous devons à Stafford Beer le concept de variety reducer (Beer 1959), traduit en français par réducteur de complexité, ce qui, nous semble-t-il, prête à contresens, dans la mesure où cette traduction peut induire une confusion très dommageable entre deux concepts fort différents : complexité et complication.

Ainsi, l’association : logique causale linéaire + réductionnisme, utilisée en thérapie familiale peut être considérée comme un réducteur de complexité, dans la mesure où elle élimine de son champ l’ensemble des interactions entre les membres de la famille, laquelle ne peut alors plus être modélisée comme un système. Cette combinaison logique peut permettre, dans le même temps, d’accumuler et intégrer les détails les plus variés et les plus fins concernant, par exemple, les comportements de chacun des individus pris séparément. La logique causale linéaire et le réductionnisme sont de fait les deux grands simplificateurs de mondes qui ont fait la fortune du paradigme-maître cartésien ; ils montrent une réelle efficacité dans leur capacité à construire des univers faits de la juxtaposition de machines triviales[2]. Edgar Morin les réfère au « paradigme de la simplicité », par opposition au « paradigme de la complexité » (Morin 1996).

A l’inverse, lorsque Stafford Beer met en place, au Chili, son réseau Cybersin[3], le type de simplification qu’il introduit dans l’univers économico-politique chilien relève très clairement d’un accroissement de complexité : à l’aide de simples télex utilisant le réseau téléphonique existant, il met en réseau l’ensemble des sites miniers et industriels de façon que, quotidiennement, ils peuvent communiquer leurs résultats, leurs besoins et leurs capacités à satisfaire les besoins des autres sites. Il transforme ainsi une situation extrêmement compliquée, voire chaotique[4], en un système complexe, par définition capable d’accroître sa complexité tout en simplifiant la vie de ses éléments composants.

Nous disposons aujourd’hui d’un modèle très consistant qui permet de formaliser et de modéliser efficacement les processus en jeu dans la complexification du vivant, tant au niveau structurel qu’au niveau fonctionnel : le modèle de l’organisation par le bruit ou modèle auto-organisationnel :

« Un processus d’auto-organisation peut être compris comme une augmentation de quantité d’information (qui implique une complexification) en l’absence d’action programmatrice de l’extérieur. La source de nouveauté réside dans des perturbations aléatoires (…) auxquelles le système réagit par une augmentation de variété. Les perturbations jouent le rôle de bruit dans les voies de communication qui assurent les contraintes organisationnelles -la redondance- à l’intérieur du système. Elles ont donc pour effet de diminuer ces contraintes. Sous certaines conditions (redondance initiale élevée, fiabilité), cette diminution n’empêche pas le système de continuer à fonctionner, alors même que son état d’organisation a changé en ce que sa redondance a diminué et que, corrélativement, sa quantité d’information a augmenté. Ce type de processus, désorganisation-réorganisation, connu sous le nom de principe d’ordre par le bruit (von Foerster), ou, plus précisément, de complexité par le bruit (Atlan), est un des moyens par lesquels on se représente aujourd’hui une logique possible de l’auto-organisation. (…) L’effet désorganisateur du bruit à un niveau est «vu» comme un effet organisateur au niveau supérieur. » (Atlan 2000)

Autoréférence et auto-information.

Le modèle atlanien propose en outre une prise en considération radicale de la caractéristique majeure du vivant à laquelle la plupart des grands penseurs de la philosophie et de la psychologie se sont confrontés avec un bonheur plus ou moins grand[5] : l’autoréférence, concept fondé sur la remarque selon laquelle les systèmes vivants ne montrent ni entrée ni sortie informationnelle, ils sont opérationnellement clos (Varela 1989). Les inévitables perturbations en provenance du milieu attaquent les contraintes organisationnelles[6] et contraignent le système à compenser leurs effets afin de restaurer un niveau de redondance acceptable. Ce faisant, le système n’a pu faire autrement que de produire de l’information c'est-à-dire accroître son niveau de complexité[7]. Cette information est une auto-information : produite à partir des caractéristiques internes du système lui-même et non celles de l’organisme perturbateur, elle est contingente aux perturbations subies et, si l’organisme perturbateur est doué d’intentionnalité, l’information produite est contingente aux intentions de ce dernier.

Francisco Varela, qui a très puissamment formalisé ce modèle auto-informationnel, précise que les systèmes vivants ne sont pas instructibles : une tentative d’instruction, c'est-à-dire une « action programmatrice de l’extérieur » (Atlan), est toujours reçue comme un processus destructeur[8].

Autoréférence et affiliation.

Toute entreprise psychothérapeutique se heurte à cette caractéristique auto-informationnelle de l’humain, qui exclut qu’une instruction externe ait une quelconque efficacité. C’est ainsi que la psychanalyse a rapidement circonscrit le cadre de travail à l’espace dit « du transfert », c'est-à-dire l’espace psychique et mental où l’analysant lui-même inclut l’analyste ; pour les mêmes raisons, en thérapie systémique ont été développées des techniques dites d’affiliation (Rougeul 1989) et d’alliance thérapeutique, qui permettent de favoriser la production d’un système thérapeutique incluant patients et thérapeutes. En thérapie cognitivo-comportementale, enfin, il apparaît clairement que, quoi qu’en disent les prosélytes, l’espace d’efficacité est statistiquement identifiable à l’espace de confrontation, in vivo ou virtuel, du patient à ses objets pathogènes (Mihaescu et coll. 1998), c'est-à-dire un temps typiquement auto-organisant.

Les conditions de l’affiliation : Gilbert et mes chaussures rouges.

C’est un truisme que de définir l’affiliation comme l’engagement d’un processus de couplage qui s’inscrit dans des durée diverses et qui peut montrer une intensité et une localisation variable, durée, intensité et localisation qui doivent être l’objet d’une constante réflexion de la part des thérapeutes.

Il semble par ailleurs que les processus d’affiliation soient rarement globaux et qu’il suffise en fait, pour en actionner le fonctionnement, de concevoir des modes d’intervention isomorphes (ou suffisamment proches d’un isomorphisme) aux modes de fonctionnements redondants des systèmes familiaux visés. Ainsi, un paradoxe thérapeutique montre de l’efficacité quand il est conçu de telle façon qu’il se moule étroitement dans la forme d’un paradoxe symptomatique (Gaillard 1991) ; de même, il est possible d’élaborer des protocoles psychothérapeutiques invariables, dont l’efficacité est directement fonction de leur capacité à se modeler sur des structures interactionnelles redondantes repérables dans toutes les familles montrant une même pathologie, nous l’avons montré avec les familles à transaction anorectique (Gaillard, Clément 1998).

Par ailleurs, il semble évident que le processus affiliatif se produise le plus souvent sur un mode parfaitement contingent aux intentions des thérapeutes. Un jeune patient rétif nous a un jour donné les éléments pour pousser plus avant la réflexion sur les modes et, plus particulièrement, sur les espaces, d’affiliation.

Appelons-le Gilbert : ses parents venaient de mourir dans d’atroces conditions et son oncle, qui avait eu dans le passé recours à mes services, m’avait demandé de le recevoir le plus rapidement possible. Cet oncle n’avait rencontré aucune difficulté à m’amener les autres membres de la fratrie, mais celui-ci se montrait totalement réfractaire à la démarche : ses habitudes cannabiques et alcooliques l’avaient déjà mis en contact avec les psys sans lui laisser de bons souvenir.

Un dimanche matin, l’oncle me téléphone : « je le tiens, est-ce que je peux vous l’amener tout de suite ? ». M’étant engagé auprès de lui à me rendre disponible dès que l’occasion se présenterait, j’accepte.

Habituellement, le dimanche, je quitte mes costumes croisés et nœud papillon pour des jean’s et, ce jour là, s’y ajoutait une superbe paire de chaussures rouges que je n’ose évidemment pas porter en semaine.

Le garçon -22 ans environ- s’installe face à moi et montre ostensiblement son désagrément d’avoir été traîné de force par un oncle dont la bonne volonté est d’autant plus persuasive qu’elle est associée à 100 kg de muscles ; très occupé à ne pas écouter ce que je tente de lui dire, bras et jambes croisés, vautré dans le fauteuil, il promène son regard au travers du cabinet et, soudain, ses yeux tombent sur mes chaussures rouges : « Ouah ! Belles les pompes ! C’est des Doc’s ? ». N’ayant à cette époque qu’une idée très approximative de ce que sont des Doc’s, je prends le risque de mentir effrontément : « oui, oui ! », tout en me disant intérieurement : « C’est un comble, il est en train de s’affilier à mes pompes ! »

Ce garçon, qui était arrivé bien décidé à ne m’accorder aucune faveur affiliative, se couplait et entrait en conversation avec les chaussures rouges que je n’avais pas eu le temps d’échanger contre d’autres plus conformes à mes yeux.

En bon héritier de Milton Erickson, je m’empressai d’utiliser[9] ce que ce garçon m’offrait et l’entretien se déroula dans de bonnes conditions du point de vue du mandat donné par l’oncle : aider ses neveux à traverser au mieux le drame de la mort violente de leurs parents.

Après cette expérience, il devenait possible de radicaliser le concept. L’affiliation, phénomène naturel s’il en est, peut se produire sur un mode autoréférentiel, à partir de toute perturbation de quelqu’ordre qu’elle soit, pour peu qu’elle se montre suffisamment significative du point de vue du sujet concerné, contingentement aux intentions de l’autre : elle est le produit émergent d’un couplage particulier fondé sur un point d’isomorphisme entre le sujet et une perturbation, couplage qui se présente comme un formidable réducteur de variété. En effet, dans le cas de Gilbert et mes chaussures rouges, ce couplage produit avec un objet a priori dénué d’importance, a montré un pouvoir organisant extrêmement puissant : je n’avais plus qu’à suivre la voie ainsi ouverte. Dit plus prosaïquement, Gilbert nous avait montré que le couplage entre son univers et mes chaussures rouges pouvait se révéler suffisant pour que l’être qui appartenait aux chaussures rouges, c'est-à-dire moi, prenne une consistance suffisante dans son univers. Mes chaussures, à strictement parler, avaient été la « patte blanche » qui, comme pour le loup et les sept chevreaux du conte de Perrault, m’avait ouvert la porte. Freud, en son temps, avait déjà remarqué cette instantanéité dans le couplage, à travers ce qu’il avait alors appelé einziger Zug, la force suffisante d’un trait unique pour lier puissamment deux êtres qui ne sont rien l’un pour l’autre :

« dans le troisième cas (…) l’identification s’effectue en dehors et indépendamment de toute attitude libidineuse à l’égard de la personne copiée. (…) L’un des moi a perçu dans l’autre une importante analogie sur un certain point (…) : il se produit aussitôt une identification portant sur ce point. » (Freud 1921)

On sait que Lacan le radicalisa plus tard, avec son « trait unaire ».

Des objets à pouvoir affiliatif.

Nous sommes entré, à partir de cette expérience, dans une recherche sur les objets et sur la valeur rituelle, c'est-à-dire organisante, qu’ils pouvaient acquérir dans le cadre de la thérapie[10]. Les thérapeutes sont quotidiennement confrontés à l’observation de boucles interactionnelles récursives qui, si elles sont parfaitement visibles à leurs yeux, n’en restent pas moins parfaitement invisibles aux yeux des protagonistes, couples, familles ou équipes. Il y a donc un enjeu technique important à concevoir des révélateurs qui permettraient, comme pour une pellicule photographique, de rendre ces boucles visibles aux yeux des intéressés, c'est-à-dire manipulables par eux.

Au delà des objets usuels -comme mes chaussures- dont Milton Erickson nous a appris qu’il est toujours possible de s’en saisir quand l’autre les met en fonctionnement, nous pensions à des objets construits dans le respect d’un isomorphisme suffisant d’un processus. Etait-il possible de modéliser un enchaînement redondant dans une approximation suffisante pour que l’objet construit sur ce modèle soit saisi par les acteurs comme isomorphe de l’enchaînement en question et, de ce seul fait, intégré comme élément de leur expérience ?

Nous avions par avance exclu les modèles uniquement discursifs et en particuliers ceux fondés sur un souci de rationalité et de transparence :

  • d’une part en effet, il apparaît que nous sommes très mal équipés pour produire des combinaisons logiques un tant soit peu complexes[11] (Ballé 2001) ;
  • d’autre part, il semble que ces modes de constructions mentales fondées sur une recherche de rationalité universalisante montrent une efficacité très médiocre en termes de changement.

Freud avait déjà fait la remarque suivante :

« Au cours de mes travaux de psychanalyse, j’ai observé que l’attitude psychique d’un homme qui réfléchit est très différente de celle d’un homme qui observe ses propres réflexions. » (Freud 1926).

Du chemin avait été fait, depuis l’époque où il s’évertuait à l’épuisant travail consistant à convaincre ses patients (sic) des raisons de leur infortune, c'est-à-dire à les faire réfléchir sur ses propres présuppositions, entreprise rationalisante s’il en est. Il s’agissait cette fois pour lui de trouver des moyens permettant à un analysant de s’extraire des constructions rationalisantes fussent-elles celles de Freud, pour s’observer réfléchissant. C’est ainsi que la règle d’associations libres est devenue le rituel hors duquel il n’est pas de psychanalyse à proprement parler.

La thérapie systémique, s’appuyant sur la théorie de la communication élaborée par Gregory Bateson, Jay Haley, John Weakland et Don Jackson (1956), fonde son action sur l’ensemble des niveaux de la communication : digital, analogique, contextuel, le niveau analogique de la communication offrant une particularité que n’a pas le langage digital : il est de mode continu et, de ce fait, produit à l’infini des unités composites, beaucoup plus efficacement que ne le peut le langage verbal, discontinu.

Nous avons donc cherché à modéliser les moyens analogiques par lesquels les humains se facilitent l’existence, face à des problèmes trop complexes pour être saisis à travers l’ensemble des variables en jeu, les réducteurs de variété qui permettent des solutions sans pour autant décomplexifier les processus.

Nicklas Luhmann, considérable sociologue et juriste allemand, refondant la sociologie sur le modèle autopoïétique (varela, Maturana), décrit un réducteur de variété fondamental par lequel nos sociétés fonctionnent malgré l’accroissement constant de leur complexité. Il s’agit de la confiance a priori ou confiance systémique (Luhmann 1995), cette confiance que je mets sans avoir à y penser dans le fait que le boulanger aura fait du pain, que les magasins contiendront ce dont j’ai besoin, que je ne risque pas ma vie en me promenant dans mon quartier et que les lois fonctionnent. Cette confiance a priori intègre évidemment les inévitables cafouillages et contre-exemples sans que ceux-ci ne la remettent en cause : elle est une prise de risque, non pas calculée ni planifiée (l’humain calcule fort peu et planifie encore moins) mais acceptée.

Il est facile à tout thérapeute de comparer les effets d’une confiance a priori avec ceux d’une défiance a priori, telle que certains patients s’en montrent prisonniers : la défiance a priori interdit toute prise de risque et contraint à un rétrécissement exponentiel de l’univers. Les personnes développant un syndrome de stress post-traumatique en sont un exemple paradigmatique.

La confiance a priori élimine de fait pour celles et ceux qui s’y adonnent un colossal espace d’incertitudes au quotidien et leur permet non seulement de s’insérer dans la complexité de l’espace social, mais aussi d’y contribuer.

Concernant la relation thérapeutique, Freud appelait cette attitude « attente confiante » et lui rapportait les guérisons dites miraculeuses ; il la distinguait de « l’attente anxieuse » à laquelle il rapportait la naissance et l’entretien des troubles (Roustang 2000). Lambert chiffre les effets de l’attente confiante dans les thérapies réussies, à hauteur de 15 % (Lambert 1998) ; dans la même étude, il chiffre les effets de la technique à 15 %, chiffre qui n’est pas étranger à notre soucis d’amélioration technique. (Gaillard 2004)

La métaphore.

La métaphore transporte du sens d’un objet à un autre, en s’appuyant sur une analogie : une montagne de travail, un gouffre d’ignorance, le soc tranchant de la pertinence, le baume de la gentillesse, le lit de toutes les errances… à travers un mot, la métaphore condense le sens d’une phrase entière, en donnant à l’objet auquel elle est associée le poids d’un sens que cette phrase ne saurait lui conférer. Entre « j’ai vraiment beaucoup de travail ! » et «  j’ai une montagne de travail ! », la puissance évocatrice du mouvement d’escalade fait toute la différence.

Cette condensation, le rêve nous le montre, peut aller jusqu’à ne plus avoir besoin de l’objet lui-même : la montagne sera le travail et le gouffre l’ignorance. Le second objet est alors chargé de représenter le premier, en l’insérant dans un univers de sens qui lui donne, là encore, une force évocatrice qu’il n’a pas à lui seul.

Depuis fort longtemps les psychothérapeutes utilisent la métaphore pour ses effets de recadrage d’une situation ou d’éclairage d’un processus (Kerouac M. 1996, Décaillet B. 2004). Milton Erickson, père de l’hypnothérapie moderne, fut un infatigable inventeur de métaphores, dont il était convaincu qu’elles étaient un irremplaçable outil d’influence sur l’inconscient. L’ouvrage célèbre de Peck, « le chemin le moins fréquenté », doit probablement une partie non négligeable de son succès à la très belle métaphore exprimée dans son titre.

L’homomorphisme.

Une métaphore ne montre une pertinence suffisante que si la forme transportée et la forme visée témoignent d’une identité suffisante : d’un homomorphisme ; Bateson, dans son travail sur la schizophrénie, évoquait la différence entre les métaphores étiquetées –qui sont socialement et sémantiquement partageables- et les métaphores non étiquetées, qui renvoient à l’altérité de la folie. Dans le registre des métaphores étiquetées, nous distinguons deux types : le premier type inclut les métaphores qui se bornent à qualifier un objet (une montagne de travail), le second type celles qui se substituent à l’objet et en rendent la mention superflue (le chemin le moins fréquenté).

Nous pensons que seules les métaphores du second type, celles qui absorbent totalement l’objet et en rendent l’énoncé inutile, montrent une efficacité en termes de changement, dans la thérapie : elles sont les seules à avoir une valeur interprétative, c'est-à-dire suffisamment perturbatrice pour induire un processus de recomposition d’une posture. Cette forme de métaphore supprime le « comme si » laborieux, qui renvoie toujours à un effort de rationalisation.

Il est très difficile à un couple, par exemple, de rendre visible à ses propres yeux le jeu récursif qui le lie tout en le détruisant ; lorsque le thérapeute tente de décrire ce jeu à travers un discours élaboré, il tombe inévitablement dans des notations moralisantes ou pédagogiques, contre-productives. Si, en revanche, il se borne à les transposer dans un jeu homomorphe c'est-à-dire qui montre un degré suffisant d’identité entre eux dans leur jeu et eux dans l’autre jeu -c’est à cette seule condition que le couple s’en emparera, autoréférence oblige- alors, à travers cet autre jeu, séduisant car homomorphe au leur, leur propre jeu devient rapidement visible et intelligible aux yeux des protagonistes. Le plus généralement, il en perd de son pouvoir sur eux :

Monsieur et madame Martin, jeunes parents dynamiques de deux adolescentes dont l’une montre une anorexie grave, offrent un spectacle fascinant : à chaque fois, sans exception, que l’un dit quelque chose, quoi que ce soit, l’autre, avec une adresse diabolique lui envoie une pique parfaitement ajustée. Ils sont aussi adroits l’un que l’autre à ce jeu, de sorte qu’ils s’y usent sans que jamais un vainqueur ne s’en dégage. Nous leur proposons donc un jeu homologue au leur, ajusté dans un soucis de valorisation : ils sont les même splendides duellistes que ceux qu’un film de l’époque mettait en scène… images superbes, duels sans fin car tous deux sont de force égale. Ils passeront leur vie à se battre dans l’espoir qu’un jour l’un d’eux se montrera enfin le plus fort et vaincra son rival.

Nous demandons bien entendu aux deux adolescentes de dénombrer les piques échangées par les duellistes durant le mois qui s’écoulera jusqu’à la séance suivante, ce qu’elles acceptent avec enthousiasme. Elles reviendront déçues, car les duellistes devenus visibles pour eux-mêmes ont rapidement perdu le goût du duel pour le duel.

Monsieur et madame Martin sont à la fois des sportifs d’excellent niveau et des débatteurs professionnels (monsieur est cadre supérieur et madame assume des responsabilités politiques) : c’est à ces titres que l’homomorphisme « splendides duellistes » ne pouvait que leur convenir. L’image d’un jeu d’échecs, par exemple, aurait certes été une métaphore mais pas un homomorphe.

A chaque fois que qu’une métaphore montre une qualité de correspondance suffisante avec le jeu visé c'est-à-dire qu’elle en constitue un modèle assez fidèle, son effet en terme de production d’(auto)information semble assuré et montre qu’(auto)information et changement sont un seul et même processus.

un homomorphisme peut donc se proposer comme un modèle opérationnalisable révélateur d’un comportement ritualisé, qu’il soit saisi au niveau individuel, à celui du couple, de la famille, ou encore d’une équipe, nous avons eu l’occasion de le vérifier, voici quelques années, lors d’un travail avec des équipes éducatives sur les processus freinateur du développement des personnes institutionnalisées. L’objet freinateur a été modélisé en termes de « petites claques sur la tête » et le révélateur de cet objet freinateur « miracles furtifs » (Gaillard 2001) : la valeur homomorphique de ce couple conceptuel en a fait instantanément, pour les professionnels, un outil de changement des habitudes d’une efficacité surprenante. Il s’agit d’une modélisation discursive, fondée sur une séquence motrice

Les objets-miroir.

Au delà de la métaphore, au delà des séquences homomorphes –au delà, donc, d’objets digitaux– nous avons cherché à modéliser sous une forme analogique certains processus interactionnels importants rencontrés dans nos thérapies, dont le bouclage récursif entravait la flèche du temps c'est-à-dire interdisait tout changement.

Nous avons vu qu’une métaphore ou un homomorphe bien ajusté semble fonctionner exactement comme un miroir dans lequel les protagonistes peuvent enfin s’observer agissant et s’essayer à d’autres modes d’agir. Le problème est qu’ils sont à réinventer indéfiniment, puisqu’ils sont en quelque sorte des objets « sur mesure » ; la théorie des types les situe dans la classe des individus.

Nous avons donc tenté de passer de ces objets « sur mesure », à des objets « de confection »… Après tout, bien que je me pique d’être unique, je trouve toujours chez les bon couturiers un costume préfabriqué vraiment à ma taille. L’enjeu consistait cette fois à passer au registre des classes d’objets : modéliser un processus repérable, dans sa récurrence, chez un grand nombre d’individus, de couples ou de familles, de telle façon que l’objet ainsi conçu leur convienne aussi bien qu’un costume de bonne confection. En voici deux illustrations :

1. La boucle mère-enfant handicapé.

Nous travaillons depuis plus de trente années avec des familles comprenant un enfant handicapé mental ou moteur, ainsi qu’avec les équipes éducatives ou soignantes qui ont la charge institutionnelle de ces enfants. Concernant le type de lien qui emprisonne mère et enfant handicapé, nous avons dû constater que la cause semblait entendue pour l’immense majorité des professionnels, psys en tête : ces mères sont fusionnelles, symbiotiques, intrusives, toxiques, étouffantes, narcissiques, immatures (liste non limitative, relevée dans les rapports psychologiques, psychiatriques et éducatifs).

Le résultat de ce modèle de la mère toxique, auteure du trouble de son enfant ou barrage à son développement, implique concrètement pour les professionnels concernés une impossibilité de travailler avec ces mères, de s’affilier avec elles. En effet, après leur avoir demandé de lâcher leur enfant qu’elles étouffent, il est difficile d’ajouter quoi que ce soit étant donné que les mères ainsi stigmatisées ont quitté la scène, blessées, humiliées, en pleur puis en colère. Ainsi, madame Dupont me raconte par mail :

« mon fils Gérard (autiste) communique par signes car il ne parle pas. mais en signes il dit ce qu'il veut. hélas, l'établissement ne s'y met pas franchement ! L'an dernier, Gérard était terrorisé par un enfant autiste de son groupe et c'était facile à savoir puisqu'il le disait " j'ai peur de Joseph". Il venait (à l’établissement) en hurlant le matin... un matin particulièrement difficile l'éducatrice me coince dans le couloir alors que je tire mon fils qui pleure et dit à Gérard "eh oui, je sais, tu ne veux pas partager cet espace avec ta maman...". Je répond qu'il a peur et elle répète sa phrase.... J'en ai été tellement blessée que je n'ai rien répondu, j'ai juste passé mon week-end à pleurer de cette violence qui nous était faite. Les choses se sont tassées pour Gérard car j'ai quand même pu faire entendre la réalité de sa peur. Mais en avril, récidive : il a peur, dit que Joseph le tape, lui tire les cheveux. Je reviens à la charge, surtout que Gérard me demande d'en parler et de dire qu'il a peur. je viens donc un matin, dis à l'éducatrice que Gérard m'a demandé de lui parler. Elle s'accroupit alors devant mon fils qui ne va pas bien et lui dit " mais oui , je sais que tu es mal quand ta maman est là" je me lève alors et lui dis ‘’arrêtez de délirer, vous n'allez pas recommencer comme en octobre" et je suis partie au travail pour ne pas pleurer devant elle. J'ai été convoquée le soir même par un mot dans le cartable, avec " présence du mari obligatoire" ( pour calmer la mère hystérique)... l'entretien avec la direction ( j'étais terrorisée à mon tour. Que de nuits blanches...) s'est terminé par des excuses de leur part. Ce n'était pas gagné d'avance. J'ai parlé de maltraitance et mon mari, resté très calme, a dit "en fait, cette éducatrice a utilisé un slogan, elle n'a pas réfléchi, juste utilisé un slogan tout fait : si l'enfant ne va pas, c'est la mère". Son argument a fait mouche ... les choses sont bien compliquées, ce n'est pas facile d'être parent.[12] »

Nous ne reviendrons pas ici sur les effets d’une telle violence idéologique à l’encontre de mères dont nous avons pu évaluer que la plupart d’entre elles présentent les traces d’un syndrome de stress post traumatique (Gaillard 2004).

Ce modèle « mères toxiques », qui n’est évidemment pas le nôtre, est aujourd’hui profondément ancré dans l’esprit des familles dont un enfant est handicapé mental. La plupart des écrits psychanalytiques sur la relation mère-enfant le sous-entendent ou l’affirment clairement et les médias grand public le colportent incessamment.

Il nous est rapidement apparu qu’il ne suffisait pas de dire aux parents avec lesquels nous travaillons que nous sommes en total désaccord avec ces affirmations, dans la mesure où il nous fallait, de fait, travailler avec eux sur une boucle récursive dont mère et enfant handicapé se montrent effectivement prisonniers, bien que pour des raisons étrangères à celles assénées par les tenants du modèle « mères toxiques ».

L’objet-miroir que nous avons alors commencé à proposer aux mères est on ne peut plus simple dans sa capacité à rendre compte d’une entrave dans un processus complexe : il s’agit de deux ronds entremêlés et de quelques flèches.

 
   

 

Le discours que nous y associons est le suivant :

« ces deux ronds entremêlés représentent la fusion nécessaire entre une mère et son nourrisson ; vous savez que si une mère est empêchée d’accepter cette fusion avec son bébé, il ne peut pas survivre.

A partir de la naissance, ce qui se passe habituellement, c’est que l’enfant fait plus ou moins régulièrement à sa mère des petits signes du type « éloigne-toi tout doucement de moi ! » ou encore «  je m’éloigne tout doucement de toi ! ». Et la mère peut alors répondre par des petits signes de confirmation du type : « ok, je m’éloigne tout doucement ! » ou encore « ok, tu peux t’éloigner tout doucement ! ».

Le problème, pour vous, est que votre enfant ne vous fait jamais de ces petits signes et que, en plus, quand il vous prend l’idée de vous éloigner un peu, il vous fait la crise du siècle pour vous ôter l’idée de recommencer. A partir de là, une bonne mère ne peut que rester immobile dans cette position que son enfant lui impose. L’autre problème, c’est que, en vous gardant bloqués ainsi tous les deux, il s’empêche de grandir. »

Nous n’en disons jamais plus. A chaque fois, ce sont les mères qui prennent le relais en commençant à penser tout haut :

« bon ! qu’est-ce que je pourrais faire pour le faire bouger… »

Cet objet et son mode d’emploi montrent une puissance de déculpabilisation surprenante. L’intoxication idéologique dont ces mère sont l’objet depuis toujours, d’abord en terme de stigmatisation sociale pour n’avoir pas été capables de mettre au monde un enfant normal, puis en terme de stigmatisation psychopathologique pour être des mères fusionnelles, symbiotiques, intrusives, toxiques, étouffantes, narcissiques et immatures, cette intoxication semble instantanément balayée.

Il nous reste alors à prendre le temps d’échafauder ensemble des stratégies et des paradoxes destinés à contraindre l’enfant à bouger.

Nous avons demandé à des collègues thérapeutes et à des équipes éducatives travaillant avec des familles de tester cet objet-miroir : le résultat positif est le même, quels que soient les professionnels qui le mettent en œuvre.

Réducteur de variété s’il en est, sa simplicité et sa capacité à rendre visible et à dynamiser un processus interactionnel complexe pour les personnes qui le vivent, sont un authentique plaisir.

2. Les voies contraintes du deuil.

De 1989 et 1999 nous avons animé une recherche en médecine générale, tournée vers la production de modèles et d’outils systémiques au service du médecin-généraliste : ce fut l’occasion de mettre en évidence qu’un nombre surprenant de troubles très divers, fonctionnels, psychosomatiques et somatiques tels qu’ils arrivent au cabinet du médecin-généraliste, pouvaient être rangés dans une seule et même classe, la classe des suites de deuil.

Par ailleurs, l’activité de thérapeute systémicien conduit à rencontrer assez souvent des familles, des couples ou des individus souffrant de ce que nous rangeons dans les classes deuil difficile et deuil aggravé.

Un petit protocole en trois séances, initialement conçu pour la consultation du médecin-généraliste à l’adresse des personnes aux prises avec un deuil aggravé (Gaillard 2001), montre une étonnante efficacité depuis six années que nous le mettons en pratique tant auprès des individus, que des couples, des familles et même des équipes confrontées à un deuil.

Ce protocole est organisé autour d’une modélisation graphique du processus de deuil. Une des équipes infirmières pour lesquelles nous assurions une analyse de la pratique se trouvait très régulièrement confrontée à la mort de patients (environ 200 morts par ans dans ce service) : nous avions donc cherché un outil qui assurerait une fonction de débriefing, autant qu’un soutien de l’action infirmière auprès des mourants. Après quelques tâtonnements, nous avions opté pour la courbe de Kübler-Ross, médecin qui a consacré sa vie aux soins palliatifs.

Kübler-Ross a modélisé le chemin qu’empruntent les mourants confrontés à la perspective de leur fin prochaine : le deuil de soi.

Courbe de Kübler-Ross

       
     
 

Santé stabilité

 
 

 

En y travaillant en équipe, nous nous sommes rapidement aperçus que cette courbe concernait tout autant celles et ceux qui accompagnent la maladie et la mort, les soignants, que celles et ceux qui la vivent, les mourants. Nous l’avons ensuite rapidement essayée avec les personnes ayant subi le deuil d’un proche.

Nous en avons remanié la forme dans le but de modifier son message analogique, et changé quelques appellations dans le but de l’adapter aux personnes en deuil : le deuil de l’autre.

Le protocole se déroule dans les termes suivants :

Premier entretien : « nous nous rencontrerons trois fois à 15 jours d’intervalle : aujourd’hui pour faire connaissance et pour évoquer le drame qui vous à frappé, à notre seconde séance nous nous aiderons avec un outil qui nous permettra de travailler plus précisément sur votre situation dans le chemin du deuil et la troisième nous servira pour faire le point et nous dire au revoir ».

Deuxième entretien : « Comment allez-vous depuis notre premier entretien ? qu’en avez-vous retenu ? Aujourd’hui, comme je vous l’ai dit, nous allons travailler avec un petit outil spécifique. Il se trouve que les humains semblent tous suivre le même chemin quand ils ont à traverser la perte d’un être cher, je vais vous le dessiner et vous allez me dire… » Je dessine alors la courbe sur mon bloc-note en nommant les phases : « bien sûr, chacun la traverse à sa façon, en stationnant ou en revenant sur certaines phases… ».

Troisième entretien : « aujourd’hui, c’est notre dernière rencontre, dites-moi comment les choses ont bougé pour vous, comment avez-vous cheminé dans la courbe ?… »

En fait, à la fin de la troisième séance un rendez-vous à 6 mois est systématiquement proposé, « pour faire un point à 6 mois ! ». Les patients ne l’utilisent que très rarement, mais cette pratique, apprise de Mara Selvini et son équipe et que nous utilisons systématiquement dans nos thérapies, se montre ici tout particulièrement nécessaire en ce qu’elle évite que la séparation se mute en rupture. L’effet déchirure de la rupture provoque en effet une résurgence du deuil, une tendance au repli et freine les élaborations en cours. La simple perspective d’un se revoir, fut-ce dans 6 mois, permet que le travail d’auto-organisation ne subisse aucun frein. Il s’agit là encore d’un réducteur de variété qui favorise la poursuite des processus de complexification engagés dans la thérapie.

            a) la courbe en entretien individuel :

Voici une illustration de ce protocole[13] :

Madame Durand m’est adressée par une de ses collègues qui s’inquiète de la voir, depuis trois années que son époux est mort, exclusivement vêtue de noir, évitant toute manifestation festive, pleurant souvent et ne riant jamais.

Durant la première séance, nous procédons ensemble à une contextualisation aussi détaillés que possible, tant au niveau factuel qu’au niveau émotionnel, de la mort de son époux. L’objectif, ici, est de briser une forme de récit devenue rituelle : les personnes en deuil aggravé (comme les personnes en état de stress post traumatique) semblent prisonnières d’un récit édulcoré devenu une injonction auto-hypnotique qui les maintient indéfiniment dans la même posture.

Le couple était depuis longtemps en grande difficulté après une première tentative de suicide dont monsieur Durand était sorti mutilé : « on n’avait toujours vécu qu’en comptant sur nous-mêmes, on a continué comme ça !… En plus, ma famille n’a jamais compris ce qu’il avait, j’ai tout porté ! mes parents pensent que je vais bien ; ils ne sont jamais venus quand je le leur demandais ; ils ne m’ont pas aidée du tout quand mon mari est mort, juste venus à l’enterrement. ».

Il a par la suite fait plusieurs autres TS, médicaments et alcool, que madame Durand cachait aux enfants : « je le veillais toute la nuit et on repartait ! »

Ce sont les enfants (grands adolescents) qui ont trouvé leur père suicidé, Madame Durand n’en a jamais reparlé avec eux : « ils ont l’air d’être bien, pas de souci à l’école, on discute beaucoup ».

Déjà habituée à assurer l’essentiel du fonctionnement de la maison, elle a continué sur son aire, tout en s’enfonçant dans la tristesse et l’isolement social : « j’aurais voulu crier, mais je sais pas faire, alors je vais promener le chien et je pleure. »

Les affaires de son mari sont toutes restées en place, brosse à dents dans son verre, manteau à son crochet, peignoir dans la salle de bain… : « ça ne dérange personne, moi je ne suis pas prête du tout… »

Durant la deuxième séance, nous déployons la courbe :

« le choc… il a été long, à pas savoir où j’habite…

« la dénégation… je vais rouvrir les yeux et il va être là… ça m’arrive encore…

« la colère… ce n’est pas possible d’être en colère contre lui : il était tellement malheureux… on n’a pas le droit d’être en colère contre un mort…

« le marchandage… je n’arrête pas de me sentir coupable, de ne pas avoir pu l’empêcher… le fameux soir, j’avais des courses à faire et la gym le soir, j’avais préparé le repas, il n’y avait pas de soucis à se faire…

« la tristesse… je ne sais plus si je suis capable d’autres sentiments…

la troisième séance reprend les phases de la courbe sur lesquelles la personne achoppe : ici, l’impossibilité d’éprouver de la colère et la forme coupable du marchandage.

« la colère… c’est vrai que je suis toujours en colère contre lui de nous avoir laissé comme ça… L’autre soir (après la deuxième séance), en promenant le chien, je l’ai engueulé (son mari)… ça m’a fait beaucoup de bien !

La culpabilité ? Vous pensiez pouvoir enrayer une telle rage de se détruire ? Le contenu de votre engueulade semble montrer que non !

Votre mari, l’avez-vous revu après sa mort ?

Cette question peut paraître étrange, mais cette hallucination est extrêmement courante (Gaillard 1996) et les personnes endeuillées n’osent pas en parler de peur qu’on les prenne pour folles :

« oui, un jour, je l’ai vu… dans une petite voiture rouge que je croisais… sa voiture était rouge… en fait, la voiture rouge, c’est moi qui la conduisait à ce moment là ! Je l’ai toujours…

Réfléchissez et donnez moi une date à partir de laquelle vous pourrez déménager le mausolée : dans six mois, un an, trois ans ? (J’exige une réponse).

Un mois plus tard, l’envoyeuse, rencontrée par hasard, me dit : « je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais elle est transformée : elle s’habille en couleurs, elle rit… ».

A la date prévue pour le point des six mois, je reçois un petit cadeau et une gentille carte dans laquelle madame Durand me remercie pour cette « rencontre » qui a changé sa vie.

A chaque fois que nous avons à travailler une situation de deuil, que ce soit avec une personne seule, un couple, une famille ou une équipe, nous utilisons cette courbe. Nous l’avons aussi mise à l’épreuve d’une utilisation par des collègues afin d’en vérifier l’efficacité intrinsèque.

Elle semble fonctionner, là encore, comme un véritable miroir dans lequel les personnes endeuillées se perçoivent immédiatement et saisissent en même temps que ce qu’elles vivent n’est pas une suspension du temps, mais un chemin parsemé de boucles plus ou moins récursives.

Cet objet-miroir semble montrer un tel degré d’homomorphisme avec ce que vivent les personnes en deuil -où qu’elles en soient de ce deuil- que nous n’en avons jamais rencontré une seule qui ne se sente « comprise » par ce modèle graphique.

Tous, dès l’âge de 8 ans, savent se situer dans la courbe et peuvent immédiatement évoquer ce qu’ils ont vécu dans les autres phases.

            b) la courbe en entretien familial :

Avec les familles endeuillées, elle montre une double efficacité. A celle que nous venons de décrire s’ajoute celle qui consiste à permettre un renouement des liens familiaux. Elle permet, en effet, à chacun des membres de la famille de sortir de son profond sentiment de solitude et d’incompréhension des autres à son égard.

Mme Martin téléphone afin d’obtenir un rendez-vous pour sa famille. La fiche téléphonique décrit une famille ouvrière (père et mère travaillent en usine) avec 3 enfants : 2 garçons respectivement âgés de 19 et 14 ans, et une fillette de 7 ans. Les grands-parents paternels habitent dans un village voisin, les grands-parents maternels sont morts depuis une dizaine d’années.

A la question du thérapeute concernant le problème qui motive l’appel, madame Martin tombe en larmes et dit que son fils aîné s’est suicidé quinze jours plus tôt. Un rendez-vous aussi proche que possible est alors immédiatement donné, auquel la famille nucléaire est conviée.

Premier entretien : Lorsque la famille entre dans le cabinet, le contraste analogique est saisissant : monsieur Martin, un grand gaillard de 45 ans, se montre hilare ; il est suivi par son fils de 14 ans qui affiche un visage tendu par la colère, puis par une fillette à l’air totalement perdu et enfin par son épouse, 40 ans, corps effondré, visage ravagé par le désespoir et les larmes.

Cette description, dans sa diversité, échapperait au praticien ne recevant qu’une personne à la fois.

Nous demandons à monsieur Martin de nous expliquer ce qui se passe : Aline (7 ans), nous dit-il d’emblée, a été informée de ce que son frère a eu un accident. Elle n’en sait pas plus. Nous expliquons alors à la fillette qu’il va y avoir des discussions graves entre grands et que, pendant ce temps, elle devra attendre dans la salle d’attente et que des explications lui seront données après. Elle accepte de sortir et nous l’installons avec des livres d’enfants, du papier et des feutres, lui demandant de dessiner pour nous une famille.

La fillette a assisté, nous dit monsieur Martin, à la mise en bière et aux obsèques de son frère.

Monsieur Martin, oscillant entre les rires et les larmes (il est en fait au comble de l’agitation et du désespoir), raconte qu’il avait « eu des mots » avec son aîné deux jours avant le drame, car ce dernier avait cassé sa voiture et dépensait tout son argent sans discernement. Ces derniers temps, à cause de ça, les relations étaient tendues entre les parents et leur aîné.

Il s’est pendu et son père, assisté du second fils, ne l’a retrouvé que le surlendemain après l’avoir cherché partout durant 24 heures.

Comme il se doit en thérapie systémique, nous procédons à une mise en information mutuelle et réciproque (Selvini 1982) de chacun des membres présents, en insistant sur les émotions dans lesquelles ils sont et par lesquelles ils sont passés.

Deuxième entretien : Après la reprise de contact, nous expliquons à la famille que tous les êtres humains passent par les mêmes émotions et les mêmes sentiments quand ils ont perdu un être cher, et qu’il est important que chacun le sache, puisse se repérer dans ce chemin si difficile et y repérer les autres. La fillette est présente : les parents n’ont pas encore eu « le courage » de l’informer plus avant, mais comme le travail autour de la courbe ne nécessite pas qu’on entre dans tous les détails, nous décidons qu’elle participera au travail collectif. Nous explorons d’abord la fréquence des visites au cimetière : Monsieur Martin n’y est pas retourné depuis 15 jours, Mme y est allée avant-hier, elle s’y était rendue deux jours plus tôt ; Hervé n’y est pas allé depuis un mois (c'est à dire depuis l’enterrement) et Aline y va « de temps en temps avec mémé quand il y a pas école ».

Nous abordons la question des objets et vêtements appartenant à Cédric, évoquant la nécessité de penser à les ranger, distribuer, jeter, selon leur importance. Nous informons Mme de ce que, si un jour, elle « voit », ou si elle a déjà « vu » son fils depuis sa mort, elle ne doit pas s’en alarmer, qu’il s’agit d’un phénomène très fréquent et naturel.

Nous dessinons la courbe devant eux et nous commençons l’exploration sur le mode habituel.

Choc : Mme est restée dans un état de prostration durant 15 jours environ, Mr en état de choc 4 ou 5 jours, Hervé une semaine et Aline « un jour sans y croire ».

Dénégation : Mme : « ce n’est pas comme vous dites (dénégation) : c’est une coupure (douleur intense et continue, toujours actuelle un mois après le décès de son fils : madame Martin n’a pas encore pu s’offrir le luxe de la dénégation).

Mr : « quand je l’ai retrouvé, je l’ai pas vu mort : je l’ai vu appuyé en train de réfléchir, je l’ai appelé, je lui ai parlé, je pensais qu’il tenait une cigarette… Tant que le cercueil n’est pas fermé on n’y croit pas… La semaine après je le cherchais toujours, j’écoutais son pas dans la maison, je regardais si son auto était dans la cour… (Mme pleure)

Hervé : « j’y ai pas cru pendant une semaine…

Aline : « des fois on se dit qu’il va peut-être revenir…

Colère : Mr : « oui, ma femme m’a reproché d’avoir été dur, elle m’en veut toujours… moi, je me sens coupable tout le temps, ça ne me quitte pas…

Mme : (fait oui de la tête)

Hervé : (les dents serrées et le visage dur)  «  oui, je suis en colère contre mon père : il n’aurait pas dû engueuler mon frère, je lui en veux… (Mr pleure, Mme cesse de pleurer)

Marchandage : Hervé : « j’imagine une machine à remonter le temps…

Mr : « je me dis tout le temps que j’aurais pu faire plus pour le gamin, que j’aurais dû être là, que j’aurais pu dire (ceci ou cela)…

Mme semble presque toujours encore dans la douleur de la coupure : elle n’a pas d’exemple de marchandage à proposer.

Désespoir : Mr dit que leur médecin leur a prescrit un mois d’arrêt de travail : « c’est trop long, j’aurais repris après 7 ou 8 jours.

Mme dit qu’elle n’aurait pas eu la force de reprendre aussi tôt, mais qu’il lui a été utile de reprendre.

Hervé dit que, en fait, il commence à pardonner à son père et fond en larmes, ce qu’il n’avait pas encore fait en séance. Son père, à côté duquel il est assis, l’entoure de ses bras.

Nous n’abordons le temps de l’apaisement que pour affirmer qu’il viendra pour tous à son heure, car la vie le veut ainsi. Le garçon est mort depuis un mois.

Il n’y aura pas de troisième séance : la famille Martin a déjà fait un gros sacrifice financier pour les deux séances et tous disent se sentir mieux et mieux comprendre ce qui leur arrive, ce qui sera confirmé par leur médecin traitant.

            c) la courbe en débriefing d’équipe :

Forts, du succès obtenu en consultation individuelle et familiale, nous avons intégré le travail sur la courbe dans notre protocole de débriefing et débriefing différé (2002), en consultation mais aussi en entreprise.

Le service médical de cette grande entreprise nous contacte à travers la CUMP[14] locale, pour que nous prenions en charge une équipe dont un membre est mort, happé par une machine 10 mois plus tôt[15]. L’infirmière nous dit avoir bataillé pendant plusieurs mois, pour que ce travail puisse avoir lieu.

Au jour dit, nous nous trouvons face à une équipe de onze hommes et femmes dans un état pitoyable : nous procédons à une évaluation de leur situation au regard des critères de l’état post traumatique (ESPT), à l’aide de la fiche d’évaluation PCL-S for DSM IV, que nous utilisons comme outil de mise en commun : nous ne la distribuons pas, c’est nous qui posons les questions, auxquelles chacun à son tour répond verbalement.

Le drame date d’une année et cependant le taux de stress se montre encore très élevé chez la plupart d’entre eux ; le chef d’équipe montre même un ESPT caractérisé.

Nous passons donc au travail sur la courbe, autour de laquelle tous se pressent pour dire où ils en sont et par où ils sont passés, en commentant leurs états successifs.

Quatre d’entre eux ont connu un état de choc : ce sont les compagnons les plus directs du mort, ceux qui ont arrêté la machine.

Tous disent avoir connu des moments de dénégation, les uns durant les heures qui ont suivi l’intervention des pompiers : ils savaient bien que leur camarade était mort, mais ils ne voulaient pas le savoir. D’autres, qui avaient lié avec lui des relations extra-entreprise –ils faisaient partie de la même équipe de rugby- l’ont souvent aperçu durant les mois qui ont suivi sa mort.

La colère, neuf d’entre eux, sur les onze, l’éprouvent toujours avec une grande force et leurs commentaires le montre sans ambiguïté : l’entreprise, les chefs dénués de tout sentiments qui leurs ont dit une demi-heure à peine après que la dépouille de leur camarade ait été évacuée de retourner au travail et de rattraper le temps perdu, l’utilisation qui est faite de l’accident pour mener une grande campagne pour la sécurité dans l’entreprise, etc.

A ce stade du travail de débriefing, y-compris différé, nous ne cherchons jamais à pondérer les opinions, même lorsqu’elles nous paraissent extrêmes : l’empathie est la seule attitude efficace… le résultat recherché est « enfin se sentir compris par quelqu’un en position d’efficacité symbolique » ; le résultat obtenu, outre le résultat recherché est une détente notable concernant les sentiments de persécution.

Tous se disent contents de ces deux heures de travail en commun et souhaitent une suite. Un accord étant passé avec la responsable des ressources humaines, une seconde séance avec déplacement collectif au cimetière où est inhumé leur camarade est décidée. En outre, au jour anniversaire de sa mort, on prévoit de planter un arbre dans le parc de l’usine.

Le chef d’équipe, quant à lui, se voit proposer cinq séances individuelles de thérapie-débriefing.

 

En guise de conclusion : objets miroirs = objets flottants ?

On peut être tenté d’assimiler ces objets que nous qualifions de miroirs, aux objets flottants tels qu’ils ont été définis par Philippe Caillé. Si les uns et les autres sont assimilables à une injonction de mode analogique, il faut cependant remarquer que les objets flottants sont par définition des objets « généralistes » : le jeu de l’oie, les masques, les sculpturations sont utilisables dans des situations extrêmement diverses, alors que, à l’inverse, les objets miroirs sont des objets « spécifiques » : ils sont conçus comme homologues analogiques de patterns particuliers et ne se montrent utiles que pour ces types particuliers de situation. Ils sont auto-affiliant.

Nous ne prétendons pas, dans le présent travail et à travers nos bricolages, avoir enveloppé l’alpha et l’omega du phénomène affiliatif. Nous nous sommes borné à en décrire une facette peu parcourue : sa facette instrumentalisatrice. En effet, qu’on le considère à travers les illustrations de nos chaussures rouges, nos ronds entrelacés ou de la courbe du deuil, il apparaît que, si affiliation il y a, la place de l’autre n’y a cependant rien d’évident. De fait, ils ne visent pas à rompre l’autoréférence fondamentale : ils visent seulement à s’y ajuster.

 

Bibliographie.

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Ballé M. (2001) Les modèles mentaux. L’Harmattan, Paris.

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Beer S. (1959) Cybernetics and management, English Universities Press London.

Décaillet B. (2004) : La métaphore ou comment activer l’imagination. Utiliser le pouvoir évocateur des mots. Comment construire une métaphore qui va amener le changement. Brève approche théorique et exercices pratiques. 1ères Journées Romandes d’Hypnose Suisse (fondation IRHyS). Monthey. Hôpital de Malévoz, 1-2 octobre 2004

Freud S. (1926) L’interprétation des rêves (1967) PUF p. 94.

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Roustang F. (2000) : La fin de la plainte, Odile Jacob, Paris.

Varela F. 1989. autonomie et connaissance. Seuil, Paris.

 

 Références bas de page :

[1] Thérapeute systémicien, membre titulaire SFTF et EFTA.

[2] Une machine triviale est une machine fonctionnant à partir d’un seul état interne : il suffit de maîtriser les intrants, pour connaître les extrants.

[3] Stafford Beer, décédé en 2002, était un aventurier britannique infatigable et idéaliste, à la fois scientifique et spécialiste du management, sociologue et politologue, que son inventivité avait rendu riche. En juillet 1971, Salvador Allende lui demande son aide : Beer crée au Chili le réseau Cybersin, grâce auquel le gouvernement Allende reçoit et diffuse à travers le pays les informations indispensables à une réorganisation économique. Cybersin met en échec la grève dite des camionneurs fomentée par la CIA : Salvador Allende est assassiné la veille de sa mise en place définitive avec un matériel informatique performant.

[4] De ce point de vue, le concept d’attracteur, en physique du chaos, est assez proche de celui de variety reducer.

[5] De Hume à Kant, de Freud à Piaget.

[6] « (...) une machine autopoïétique engendre et spécifie continuellement sa propre organisation. Elle accomplit ce processus incessant de remplacement de ses composants, parce qu’elle est continuellement soumise à des perturbations externes, et constamment forcée de compenser ces perturbations. Ainsi, une machine autopoiétique est un système homéostatique (ou, mieux encore, à relations stables) dont l‘invariant fondamental est sa propre organisation (le réseau de relations qui la définit).» Francisco Varela, Autonomie et connaissance, page 45.

[7] c'est-à-dire se rendre capable de réduire ou, si possible, faire disparaître l’effet perturbant.

[8] On rejoint ici les travaux de Hans Selye et de Henri Laborit concernant les effets de la soumission sur les êtres vivants.

[9] Voir le concept d’utilisation chez Erickson.

[10] Marika Moisseeff, psychiatre et ethnologue, m’a suggéré de penser ces objets à partir du churinga. De même, sa conception du couple conjugal comme espace initiatique autorise une modélisation étroite sur le couple thérapeurique. Voir Moisseeff M. 1994 : Les objets culturels aborigènes, in revue Genèses 17, sept. 94, pp. 8-31 et Moisseeff M. 2004 : Le couple comme espace initiatique, in revue Thérapie familiale vol. 25 n° 2 pp. 155-169.

[11] De niveau 3 : application de règles générales sur un mode conditionnel : « si, alors, à moins que », et encore moins de niveau 4 : production et enchaînement de propositions circonstanciées aboutissant à une conclusion.

[12] NDLA. J’au vu Gérard à l’œuvre : il sait parfaitement se faire comprendre.

[13] Une autre illustration est disponible, in gaillard 2001.

[14] Cellule d’Urgence Médico-psychologique.

[15] Prise en charge infiniment trop tardive pour éviter la dérive persécutive.

 

Sites de recherche et réflexion systémique à consulter régulièrement :

IS3G

L’Institut Systémique 3ième Génération s’est donné pour tâche de former les thérapeutes du 21ième siècle, capables d’aborder les changements radicaux d’ores et déjà visibles dans les fonctionnements familiaux, institutionnels et individuels, liés à la mutation sociétale en cours. L’IS3G offre une formation longue à qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien. Il est basé à Strasbourg, mais intervient dans toutes les villes rassemblant un groupe de postulants de dix personnes au moins.
les journées d'étude et les formations, sur : www.frieh-bungert.fr

MCX-APC

Le réseau « Intelligence de la Complexité » est soutenu et organisé par deux associations-sœurs : l’Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité (MCX) et l’Association pour la Pensée Complexe (APC), toutes deux présidées par deux complices de toujours : le Pr. Jean-Louis LE MOIGNE pour la première et le Pr. Edgar MORIN pour la seconde, deux références mondialement incontestées dans les registres de la pensée complexe.
Le site web MCX est une véritable mine d’or en matière de références bibliographiques. En outre, MCX-APC organise chaque année un Grand Débat réunissant les chercheurs les plus innovants en la matière : vous disposez dans ce site d’un échantillon vidéo de ces Grands Débats (MCX GRAND DEBAT 2006).

IDRES

L’IDRES, créé et animé par Jacques BEAUJEAN, est un site dédié aux praticiens de la systémique, thérapeutes, mais aussi tous les travailleurs sociaux concernés par cette approche. Sa particularité et son extrême richesse tient à ce qu’il offre une énorme quantité d’articles in extenso et qu’il est un site wiki totalement interactif. A visiter régulièrement, donc. L’IDRES, basée à Liège (Belgique), est aussi un institut de formation à l’adresse de qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien.

SICS

La Société Internationale des Conseillers de Synthèse, crée et animée par Armand BRAUN, offre un site de prospective et de réflexion économico-sociétale de grande valeur. Le site SICS dispose d’une riche bibliothèque, à consulter régulièrement.

 

Projet d'établissement 2002 du CNRS français :

"S'attacher à la complexité (…) c'est reconnaître que la modélisation se construit comme un point de vue pris sur le réel, à partir duquel un travail de mise en ordre, partiel et Ccntinuellement remaniable, peut être mis en œuvre"