jean-Paul Gaillard

La peur del'autre sous notre propre toit.
in Revue économique et sociale - volume 69 - juin 2011 - Lausanne

Résumé : l’auteur aborde le concept de peur en tant que processus susceptible, dans les conditions actuelle de mutation sociétale, d’exercer sur les rapports intergénérationnels des effets puissants et délétères. Il entreprend de montrer que cette mutation sociétale confronte deux ethos inintelligibles l’un à l’autre. Cette forme aussi particulière que rare d’inintelligibilité (les historiens ne dénombrent que cinq mutations dans l’histoire de la société occidentale) induit un phénomène global de perplexité et de peur de cet inconnaissable radical ; la jeunesse est donc peu à peu transformée en un ennemi d’autant plus redoutable que ses modes d’interaction, ses rapports aux valeurs estimées fondamentales telles que l’autorité de mode paternel, la hiérarchie verticale, la culpabilité fondamentale, l’interdit, la frustration, le temps long, la rationalité, montrent un décalage qui, à partir des critères dont disposent les décideurs (enseignants, managers, politiques, soignants) ne peuvent être interprétés que comme de très dangereuses déviances. L’auteur s’appuie ensuite sur des logiciens tels que Gregory Bateson, Mioara Mugur-Schächter, Edgar Morin, Bruno Latour, pour proposer un saut logique permettant une mise en perspective des deux ethos en frottement.

Mots-clés : mutation sociétale – mutation psychosociétale – peur – inintelligibilité – ethos – violence – autorité – hiérarchie – identité.

« Le monde réel intervient uniquement là où nos constructions échouent »
Francisco Varela

L’histoire des sociétés montre qu’elles subissent deux formes différentes de transformation : la plus reconnue et donc la mieux documentée est la transformation progressive, de forme quasi-linéaire, facile à observer à l’échelle d’une vie humaine ; l’autre, le plus souvent méconnue car ne survenant que plusieurs siècles après la précédente, ne peut se modéliser qu’en terme de bifurcation (Prigogine 2001), de catastrophe (Thom 1972) ou encore de mutation (Gaillard 2007).
Nous vivons aujourd’hui, à strictement parler, une de ces mutations sociétales qu’une civilisation ne connaît que très rarement. La société occidentale, dite aussi européenne, est née au 4ième siècle avec la subversion de l’empire romain par le monde chrétien , une extraordinaire mutation concrétisée sur tout l’occident en moins d’un siècle ; notre société occidentale a ensuite connu une autre mutation significative au 10-12ième siècle, puis à la Renaissance (16ième siècle), une autre au siècle des lumières (18ième siècle) et une encore aujourd’hui (21ième siècle).

Chacune de ces mutations sociétales s’est accompagnée d’une mutation psychosociétale : en d’autres termes, chacune de ces mutations a produit un « homme nouveau ». L’homme chrétien , l’honnête homme , l’homme des lumières , ont été bien documentés, à leur époque puis par les historiens.
Nous assistons aujourd’hui au façonnement du pénultième homme nouveau, dans la douleur des frottements aussi durs qu’inévitables entre deux univers incommensurables. Aucun ne disposant d’une grille de lecture de l’autre, ils se trouvent dans l’incapacité de co-générer un modus vivendi qui leur permettrait de cheminer ensemble. Celles et ceux que nous appellerons « les modernes » pour souligner leur appartenance à l’épistémologie des lumières -en fait nous, à partir des trentenaires- se trouvent confrontés à un inintelligible, face à celles et ceux que nous appellerons « les mutants » pour souligner leur actuelle émergence en tant qu’Hommes nouveaux, confrontés à ce même inintelligible.

L’inintelligible, la peur, la violence.

Contrairement à ce que nous aimerions croire, l’inintelligible n’excite pas notre curiosité : face à lui, nous ne pensons pas, notre intelligence, notre culture ne nous servent de rien. L’inintelligible nous confronte à des bases sous-corticales que nous partageons avec l’ensemble du vivant, reptiles y-compris, qui, certes ont puissamment contribué à la perpétuation du vivant depuis son émergence sur terre, mais dont l’usage, dans le cas présent, se révèle tragiquement catastrophique.
L’ensemble du vivant est équipé d’une machinerie autopoïétique aussi simple qu’efficace qui consiste en un réseau dont la forme physiologique est très diverse selon les espèces , mais dont la fonction reste la même : fuir ce qui est identifié comme dangereux / approcher de ce qui est identifié comme bon. Il est facile de saisir qu’aucune espèce vivante ne saurait se perpétuer si elle ne disposait pas de cette compétence première. Ce réseau, nous l’appelons « axe nociceptif versus axe hédogène » ou machine NH. Chez un humain non post-traumatisé et dans son milieu familier, les deux axes de cette machine neuro-endocrine s’inter-régulent en permanence au bénéfice d’un fonctionnement suffisamment stable des trois sous-systèmes cognitionnel / émotionnel / motivationnel dont la mise en œuvre combinée est en permanence traversée par la machine NH.
Ce que nous appelons ici « inintelligible » réclame une définition. Il ne s’agit pas de ces situations embarrassantes ou encore jamais personnellement rencontrées mais faisant malgré tout partie intégrante de notre univers culturel. De fait, ce type de situation reste familiarisable au prix d’une petite gymnastique assez bien décrite par Léon Festinger . Ce que nous qualifions ici d’inintelligible relève du registre de l’inconcevable, du trou dans la cognition. Face à ce type particulier de situation, c’est la peur qui émerge, cette peur salvatrice qui permet depuis la nuit des temps la perpétuation des espèces vivantes. Henri Laborit a bien décrit le processus alors engagé : attaquer si je me sens le plus fort, fuir si la crainte l’emporte, se soumettre si je ne peux ni attaquer ni fuir.
Force nous est de constater aujourd’hui que le monde des adultes (les « modernes ») se trouve, face aux effets de la mutation psychosociétale sur les enfants, adolescents et jeunes adultes (les « mutants »), dans cette pénible situation d’inintelligibilité, d’inconcevabilité, de trou cognitif ; ils y réagissent clairement par l’attaque. Les adolescents d’abord ont peu à peu été redéfini comme de plus en plus dangereux et ingérables par les moyens éducatifs et légaux habituels, puis les enfants (du côté juridique, lois pour pouvoir les incarcérer dès l’âge de 12 ans, peines planchers pour les jeunes récidivistes, du côté psychiatrique, études conduisant à prescrire un dépistage de l’appétence à la criminalité dès l’âge de 3 ans…) : la machine judiciaire conjugue ici son pouvoir à celui de la machine scolaire pour co-produire une machine de guerre contre les enfants d’aujourd’hui, en les redéfinissant comme une espèce adverse contre laquelle il faut se défendre pied à pied.
Les enseignants français, confrontés à la même inconcevabilité, ont transformé la machine à intégrer qu’était le collège en machine à exclure. Les enseignants du primaire suivent, auxquels s’associent les pédopsychiatres de plus en plus généreusement prescripteurs de Ritaline, la molécule supposée immobiliser sur les bancs de l’école les dangereux aliens que sont les enfants d’aujourd’hui. La guerre des « modernes » contre leurs enfants a commencé.
Aux USA, où la mutation sociétale a commencé une quinzaine d’année plus tôt qu’en Europe, le problème semble avoir été résolu avec la pragmatique amoraliste qui caractérise les étatsuniens : grosso modo un tiers des enfants à la guerre, un tiers en prison, un tiers au travail ou aux études, mais médiqué, thérapisé et enreligiosé.

Cette peur des adultes n’a rien de marginal, voire d’anecdotique : elle montre un considérable pouvoir (dés)organisant, au niveau sociétal, mais aussi au niveau politique et au niveau économique. Elle contribue puissamment à la disparition d’un processus sociétalement dynamisant que le sociologue et juriste Niklas Luhmann appelle « confiance a priori » et, concomitamment, elle contribue à l’émergence et la stabilisation d’une défiance a priori.
La confiance a priori relève, selon Luhmann, de cette conviction jamais interrogée, partagée par l’immense majorité des citoyens d’un pays, que le système fonctionne : les boulangeries donneront du pain, les stations-services de l’essence, les transports en commun transporteront, les enfants apprendront dans une école qui remplira sa mission, les juges rendront la justice, etc. Les exceptions momentanées à ce fonctionnement global suffisamment satisfaisant n’entament pas cette confiance a priori : elles sont effectivement définies par les citoyens comme des exceptions non significatives d’une dégradation durable.
La défiance a priori, à l’inverse, conduit les citoyens d’un pays à réduire l’éventail de leurs choix, à se replier sur des stratégies de survie stéréotypées génératrice d’un appauvrissement systémique, d’un processus de décomplexification du système sociétal.
Nous pensons que la spirale vicieuse décomplexifiante liée à l’identification de notre jeunesse comme dangereuse, la défiance a priori liée à l’inconcevable qu’elle agite sous nos yeux, pourrait contribuer de façon massive au développement effréné du capitalisme financier qui réclame, pour se déployer, que ses acteurs puissent professer un absolu mépris de la vie l’autre, le travailleur, c'est-à-dire avant tout le jeune. De fait, une société suffisamment attentive à l’avenir de ses enfants hésite à faire disparaitre l’ensemble des industries présentes sur son territoire pour privilégier l’enrichissement exponentiel d’une minorité de séniors. Mais la peur, lorsqu’elle se combine à l’attaque, transforme l’homme qui se sent attaqué en prédateur soulagé de pouvoir l’être.

Peur et pseudo-spéciation.

Le processus de spéciation consiste, dans le décours du processus évolutif qui caractérise le vivant sur le long terme, dans l’émergence de nouvelles espèces.
La pseudo-spéciation relève de la mise en œuvre exclusive de ce que les systémiciens appellent « logique identitaire » ; les groupes humains montrent en effet une tendance plus ou moins régulée à définir les autres groupes humains comme suffisamment différents pour qu’on puisse leur attribuer une nature de non-humains.
La peur semble être un puissant moteur quant à la mise en œuvre de ce processus de pseudo-spéciation qui permet de redéfinir les enfants et adolescents d’aujourd’hui comme suffisamment non-humains pour qu’on soit en droit de se défendre contre eux par tous les moyens disponibles : exclusion, privation systématique d’emploi et de soin, stigmatisation médiatiquement organisée (ils sont dangereux pour notre sécurité), emprisonnement, enrôlement à la guerre, famine…

Peur et prédictions auto-réalisantes.

Nous connaissons tous ce que Rosenthal et Jacobson ont appelé effet Pygmalion . Depuis la parution de leurs travaux et malgré les attaques dont ils ont fait l’objet, il a été facile à de nombreux chercheurs en sciences de l’éducation d’en vérifier la pertinence. En fait, il s’agit d’un processus interactionnel parfaitement basique de l’humain en famille et en société.
L’orchestration médiatique de la peur en termes de « ils sont de plus en plus dangereux », associée aux diverses attaques évoquées plus haut, ne peut que porter ses fruits : les enfants et les adolescents d’aujourd’hui et tout particulièrement les premiers visés, ceux qui vivent dans ce qu’on appelle « les quartiers », se construisent de plus en plus comme dangereux et le montrent, validant ainsi les prédictions de nos politiques et de nos médias. Il est devenu clair, en France, que la machine politico-médiatico-ultralibérale produit ce danger qu’elle invente.
Bernard Stiegler décrit ce processus d’une manière aussi saisissante que réaliste :
« Cette destruction des motifs d’exister engendre, chez ceux-là, des formes compensatrices d’hypersurmoïsation, délirantes et meurtrières, passant à l’acte sans aucune vergogne, et sans la moindre crainte, transformant la démotivation et l’irrationalité qui règnent dans les sociétés de contrôle en énergies du désespoir, c’est à dire en énergies incontrôlables, et en cela, qu’on le veuille ou non, en énergies quasiment inépuisables – c’est à dire invulnérables. »

Rendre visible et manipulable un inconcevable, un trou cognitif !

Nous le disions plus haut, les mutations sociétales que notre société occidentale a connues se sont à chaque fois montrées porteuses du pire comme du meilleur. Il appartient aux professionnels de l’anthropologie endotique, de la sociologie, de la psychosociologie, du management, de l’organisation, de se donner les moyens d’orienter les processus liés à cette mutation sociétale vers du meilleur. Pour cela, la première tâche ne peut consister qu’en une mise en intelligibilité des transformations psychosociétales façonnant les enfants d’aujourd’hui, les « mutants ».

Le premier problème, avec le type de changement radical qu’est une mutation psychosociétale, est, nous l’avons dit, qu’il nous confronte à de l’inintelligible, du non catégorisable, à une absence de modèles permettant de le penser, c'est-à-dire à une suspension de la pensée. A ce propos, Paul Valéry nous rappelait qu’on ne pense que sur des modèles.
Le second problème est que, face à de l’inintelligible et du non catégorisable, en vertu du principe selon lequel un marteau voit des clous partout, en bons marteaux nous nous acharnons à forcer cet inintelligible à entrer dans nos petites boites de clous, quand bien même il s’agirait de vis, de billes ou d’objets encore jamais vus, sachant que ce qui n’entre pas dans nos boites est d’emblée catalogué par nous comme relevant de la déviance et donc d’une forme de danger.
Le troisième problème est que, en sciences humaines, nous manquons tout particulièrement d’outils logiques pour saisir efficacement l’inintelligible et le non catégorisable.

L’inintelligible en sciences humaines :
énigmes, anomalies et générateurs d’objets.

Dans son petit ouvrage dont le temps n’a pas altéré la pertinence, Thomas Kuhn signale que ce qu’il appelle énigmes, à savoir les question balisées par le paradigme en cours, se manifestent aux yeux du « scientifique normal » comme autant d’occurrences de montrer sa pertinence en même temps que sa loyauté au modèle standard ; les anomalies, à l’inverse, se manifestent à ses yeux et à ses oreilles comme des « bruit », comme ces craquements, ces modulations informes que nous entendons quand nous cherchons manuellement un poste sur la radio : les anomalies sont des sortes d’ondes non codées, des bruits de plus en plus gênants, que nous tentons généralement de faire taire en les forçant à entrer dans la boite de nos modèles standards. Kuhn nous dit que, lorsque le « scientifique normal » échoue à faire entrer l’anomalie dans une petite boite reflétant le modèle standard, il abandonne afin d’éviter les ennuis avec les pairs.

Lorsqu’un praticien-chercheur décide de s’attaquer à une anomalie, il est contraint de générer, là où est le bruit, des objets à ses yeux perceptibles, qu’il puisse manipuler ; il pratique donc des découpes par définition arbitraires dans ce bruit informe et inintelligible, de façon à générer un objet de recherche, manipulable et communicable.
En sciences humaines, les objets les plus faciles à faire émerger par le truchement de ce travail de découpe, sont les négatifs des objets bien connus et devenus obsolètes : ce qu’on ne voit plus et qu’on voyait avant. Il est clair, cependant, que cette première manœuvre n’a qu’une vertu : ouvrir un chantier. Elle n’offre a priori aucun modèle suffisamment nouveau pour appréhender la complexité des changements impliqués. Elle se borne à nous donner une mesure de la défaillance de nos modèles standards.

Gregory Bateson à notre secours.

Gregory Bateson est à la logique anthropologique le pendant ce que Mioara Mugur-Schächter est à la physique quantique théorique : un des penseurs les plus puissants du 20ième siècle ; il est en outre le grand-père des systémiciens. Face au problème auquel nous sommes aujourd’hui confrontés, il nous est une fois de plus très utile :
« lorsque l’homme de science se trouve dans l’embarras de ne pas pouvoir trouver un langage approprié pour la description du changement dans un certain système qu’il étudie, il ferait bien d’imaginer un autre système qui soit supérieur d’un degré de complexité au premier et, par la suite, d’emprunter à celui-ci un langage approprié pour la description du changement dans le système plus simple. »

En effet, à vouloir comprendre les changements perceptibles chez les « mutants » d’aujourd’hui à partir de nos critères théoriques et pratiques établis, nous ne pouvons alors décrire ces changements qu’en termes de déviances et de dérives et non en termes de la nouvelle normalité qu’ils constituent en fait.
Les enfants et adolescents d’aujourd’hui sont bien des mutants, mais des mutants normaux puisqu’ils ne sont rien d’autre que le produit d’une mutation sociétale à l’œuvre depuis de longues années et qui est parvenue à un taux de densification suffisant pour qu’en émerge un nouvel ethos, c'est-à-dire une nouvelle économie psychique, de nouveaux modes d’interactions, de nouveaux modes de perception de soi, de l’autre et du monde, pour, globalement en Europe, la génération actuelle des moins de 20 ans.

Bruno Latour et le principe de symétrie.

Afin d’éviter cette systématique pathologisante, nous devons équiper notre regard d’un outil logique extrêmement précieux, dont Bruno Latour et Michel Callon rappelaient la nécessité voici plus de quinze ans, le principe de symétrie, principe éminemment scientifique qui consiste à s’« imposer un style d’explication dans lequel on s’abstient de tenir pour acquis ce que les acteurs discutent et examinent point par point. » .
Cette exigence nous impose donc de ne pas tenir pour plus saines ou moins pathologiques les modalités de fonctionnement psychosociétal auxquelles nous sommes habitués, que celles que nous décrivons chez les enfants, adolescents et jeunes adultes mutants.

Ethos ?

Bateson est un anthropologue et un logicien de la communication ; il définit l’ethos comme « l’expression d’un système culturel unifié d’organisation des instincts et des émotions des individus. »
Il souligne ceci que Ralph Linton définissait en termes de Personnalité de base : les membres d’une même société montrent les mêmes façons de se comporter et d’exprimer leurs émotions dans certaines situations typiques.
Ces situations typiques sont essentiellement les rituels d’interaction, c'est-à-dire rien moins que l’ensemble de ce qui régule les relations interindividuelles, intergénérationnelles et inter-groupes.

L’ethos par lequel nous sommes façonnés est une partie composante essentielle de notre identité sociale : il est donc vécu par nous comme s’il était notre nature. Il en ressort un phénomène qui prend aujourd’hui une importance centrale à l’école : tout comportement, toute attitude, qui heurte notre ethos est instantanément ressenti par nous comme inadapté, comme déviant. Ainsi, nous savons sans avoir à le penser quand et où il est possible de rire, crier, pleurer, se plaindre, feindre la quiétude, parler haut, parler bas, tendre la main, regarder dans les yeux, baisser les yeux, montrer des signes de respect, montrer des signes de supériorité, etc. Et tout comportement ne se conformant pas à ces prescriptions de notre ethos induit chez nous, instantanément, un malaise, une perplexité, une irritation, voire une colère.

Or, un nouvel ethos définit et organise des rituels d’interactions nouveaux c'est-à-dire d’autres modes de régulation des relations interindividuelles, intergénérationnelles et inter-groupes.
Ce que nous vivons tragiquement aujourd’hui est le frottement entre deux ethos par définition étrangers l’un à l’autre et incommensurables. Mais nous pouvons, à partir d’une posture d’un degré supérieur de complexité, décrire les éléments les plus significatifs des deux ethos en jeu, les mettre en perspective les uns avec les autres et rendre ainsi plus intelligible à notre intelligence, plus familière à nos sens, cette nouvelle normalité qui, autrement, ne peut que nous sembler relever de la déviance ou de la pathologie.

Bateson nous offre un concept complémentaire : l’eidos, qu’il définit comme l’ensemble des apprentissages cognitivo-culturels qui aboutissent à une même façon de percevoir les choses chez les membres d’une société donnée. Il souligne ici un élément important dans le processus perceptif : toute perception est le résultat d’une activité sensorielle étroitement combinée avec un grand nombre de présupposés culturels. En d’autres termes, l’objet final de notre perception est une entité neuro-culturelle. D’un ethos à l’autre, la même « chose » ne peut pas être le même objet.

Un exemple paradigmatique : le cas de la casquette.
La casquette que nous percevons n’est pas celle que perçoivent les adolescents « mutants » :
- la nôtre est une sorte de couvre-chef étroitement associé à un rituel de politesse complexe. Selon que je la garde ou que je l’enlève, je délivre un message analogique clair à mon interlocuteur : « je suis ton égal, je suis ton inférieur, je te montre mon respect, je te montre mon irrespect, je me soumets à toi, je te défie, etc. »
- la leur est un accessoire de visibilité avec lequel ils entretiennent un lien quasi-organique, sans aucune connotation de respect ou d’irrespect à l’adresse de l’autre.

Une même « chose » donc, mais deux objets qu’il serait vain de comparer et qui n’obéissent pas du tout aux mêmes contraintes sociétales. Lorsque nous tentons d’imposer à « leur » casquette les critères éthologiques de « nos » couvre-chefs, nous provoquons chez les adolescents concernés un état de perplexité que nous interprétons comme un début de provocation, ce qui nous permet de mettre en place une logique d’escalade dans laquelle tous les comportements de l’adolescent concerné nous conduiront à monter d’un cran supplémentaire dans une violence induite par nous seuls et dans laquelle nous piégerons l’adolescent.

Notre ethos et le leur : quelle mise en forme ?

Dans la mesure où un ethos modèle les formes du rapport à soi, du rapport à l’autre et au monde, ainsi que les modes d’interaction tels qu’il va de soi qu’ils doivent s’opérer, il est possible d’en décrire les éléments composants tels qu’ils nous agissent au quotidien et tels qu’ils façonnent notre « être au monde ».
Nous passerons donc par les formes de l’identité et de l’autorité… sachant que nous ne rendrons que difficilement compte de l’objet complexe dont il s’agit. En effet, nous verrons que l’identité et l’autorité ne sont que deux parties composantes d’un ethos et qu’elles contiennent et donnent forme à un entrelacs indéfini de comportements, d’attitudes, d’émotions, de motivations, « causées et causantes, aidées et aidantes, médiate et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes », de telle façon que décrire l’une, c’est déjà décrire une partie d’une autre et encore d’une autre qui décrit la première ; nous touchons là cruellement à l’incapacité du langage verbal à produire du « complexe ». Nous ne pouvons que découper arbitrairement des morceaux de ce qui est en fait un hologramme au sens où Edgar Morin l’utilise :

Avec Edgar Morin, le point de vue hologrammique.

La structure incontournablement digitale et disjonctive du langage verbal, lorsqu’il s’agit de décrire un objet complexe, nous contraint à une linéarisation et à une parcellisation de cet objet.
Ce que je décrirai ici d’une façon relativement fastidieuse et linéaire gagne évidement à être construit à l’aide d’un modèle plus congruent avec les qualités qui sont les siennes, ainsi qu’avec notre projet qui est de rendre intelligible pour agir .
Rendre intelligible, dans ce cas, consiste à relier, à rendre perceptible ceci que tous les éléments que nous estampillerons « monde finissant » sont reliés de si intime façon que tous sont en entier présents les uns dans les autres ; de même pour tous et chacun des objets que nous estampillerons « monde naissant ». Le modèle hologrammique d’Edgar Morin est ici parfaitement adapté :
« Non seulement la partie est dans le tout, mais aussi le tout en tant que tout se trouve dans la partie. Ainsi, chaque cellule singulière d'un organisme polycellulaire, comme le nôtre, contient en elle la totalité de l'information génétique de l'organisme. Dans chaque individu d'une société, la société en tant que tout est présente dans l'individu par son langage, sa culture, ses normes et prohibitions fondamentales ». (Morin E. 1990)

Ainsi, les modes d’interactions descriptibles en termes d’hétéronomie, d’autorité de mode paternel, de soumission à l’autorité, de complémentarité haut-bas, d’interdit par principe, de culpabilité fondamentale, de hiérarchique vertical, de rationalisme, d’objectivisme, de criticisme, de réductionnisme… s’interconstruisent-ils en permanence : chacun de ces éléments composants contient les autres et est contenu dans les autres. Devenus éléments composants de la structure éthologique de chacun d’entre nous, ils sont des éléments composants de nos manières de penser, d’agir, d’interagir et de réagir au quotidien : ils sont ce que nous croyons être notre nature et la société qui était la nôtre en était le reflet en même temps que la machine reproductrice.
Il en est évidemment de même pour les enfants, adolescents et jeunes adultes que j’appelle « mutants » : l’ethos dans lequel ils grandissent dessine leur monde comme s’il était leur nature. Ainsi, autonomie, autorité sur soi, égalitarité, hiérarchique horizontal, émotionalisme, subjectivisme… s’y interconstruisent-ils en permanence : chacun de ces éléments composants contient les autres et est contenu dans les autres. Devenus éléments composants de la structure éthologique de chacun d’entre eux, ils sont des éléments composants de leurs manières de penser, d’agir, d’interagir et de réagir au quotidien : ils sont ce qu’ils croient être leur nature et la société qui est la leur en est le reflet en même temps que la machine reproductrice .
Un ethos peut, me semble-t-il, être utilement modélisé comme « un circuit systémique (dans lequel) chaque élément est inséré et (…) interagit avec la totalité »
Et ce que nous pouvons décrire de ses effets sur les individus et les groupes concernés laisse clairement à penser que « les dichotomies organique-psychique ou conscient-inconscient (y) perdent toute signification » dans la mesure où notre conscience n’est en aucune manière mobilisée dans des modes d’interaction dont on ne sait plus s’ils sont organiquement ou psychiquement organisés.

Société occidentale d’hier et société occidentale d’aujourd’hui :
mise en perspective.

Nous nous bornerons ici à l’essentiel : les lecteurs intéressés par le détail se reporteront à l’ouvrage Enfants et adolescents en mutation qui offre plus de détails, tant dans la description des deux ethos, que dans les hypothèses historico-politiques.

1. L’autorité, la hiérarchie :
Depuis 2500 ans, l’objet « autorité » se conjuguait avec la série des figures paternelles. Le Religieux Chrétien avait fait sienne la figure originelle du Pater Familias en se bornant à lui désigner une autre origine : le ciel. L’autorité était de forme résolument phallique. Cette forme particulière d’autorité impliquait la soumission par la menace de ceux à qui elle s’adressait. La hiérarchie de mode vertical impliquait de même une inégalité par principe sur la base critérielle de la plus petite différence : sur cette ligne verticale descendante, tout attribut en plus situe au-dessus, tout attribut en moins situe en-dessous. Les deux figures du même objet que sont l’autorité de mode paternel et le hiérarchique vertical, en tant que machines à différencier, se constituaient comme machines à produire de l’inégalité par principe. Cette forme d’autorité et de hiérarchie produisait une dissymétrie radicale : femmes et enfants n’y accédaient jamais à un statut de « majeur », de telle sorte que le moteur quotidien de l’éducation s’énonçait en des termes simples : « fais comme je dis et pas comme je fais ! ». le père et ses tenants lieux se voyaient ainsi exonérés d’une pénible et fastidieuse exemplarité.
La mutation sociétale en cours produit une forme d’autorité très différente, en l’ayant fait migrer de l’extérieur (autorité paternelle) vers l’intérieur, produisant l’autorité comme autorité sur soi. Nous verrons que cette migration est totalement cohérente avec les autres parties composantes de l’hologramme d’aujourd’hui. Dans le même temps, le trait du hiérarchique s’horizontalise, introduisant une définition de la différence qui cesse de se mesurer en termes de plus et de moins, c'est-à-dire en termes de supériorité et d’infériorité : tous, bien que différents, sur la même ligne horizontale. L’autorité sur soi et le hiérarchique horizontal se constituent donc comme une machine résolument égalitaire, redéfinissant ainsi le concept de respect. Le respect comme signaux de soumission complémentaire de signaux de domination devient signaux réciproques d’égalité par principe. Le hiérarchique horizontal fait disparaitre la domination des dirigeants au bénéfice de leur responsabilité… de telle façon que le « fais comme je dis et pas comme je fais ! » n’y trouve plus aucun support. Ce que nos jeunes mutants nous voient faire et dans quoi nous montrons du plaisir, ils le font ! Et sous nos yeux courroucés nous les voyons étaler et prendre à leur compte nos incivilités .

2. L’identité :
Depuis beaucoup plus de 2500 ans, en occident comme dans beaucoup d’autres sociétés, l’identité de déclinait en terme d’appartenance. Nos divers groupes d’appartenances nous prêtaient nos identités, à la conditions que nous pratiquions suffisamment les rituels d’appartenance, comportements et attitudes chargés de montrer à ceux des groupes concerné que nous en étions bien, et à ceux des groupes étrangers que nous n’en étions pas. Cette forme particulière de l’identité (associée à l’autorité de mode paternel et au hiérarchique vertical) nous produisait comme hétéronomes : nous allions chercher les motifs de nos actions hors de nous, dans des autorités intellectuelles, techniques, économiques, politiques et dans des valeurs philosophiques et morales extérieures à nous, toutes supposées chapeauter l’ensemble des groupes d’appartenance de notre société. Tout cela faisait de nous des êtres perpétuellement en quête de reconnaissance de ceux d’au-dessus, cette reconnaissance se constituant comme marqueur de la mesure de l’estime que ces autres nous accordaient ou non et donc de notre sentiment d’exister.
La mutation sociétale en cours produit une forme d’identité différente : individuelle. L’enjeu n’y est plus de montrer des appartenances mais de montrer son existence et, pour cela, d’acquérir un degré suffisant d’une visibilité à laquelle le monde naissant offre tous les moyens nécessaires. Cette forme particulière d’identité produit des êtres autonomes : ils vont chercher les motifs de leurs actions en eux, ce qui les conduit à entretenir avec le savoir et les valeurs morales canoniques une relation par définition négociatrice, distendue, remodélisante, réorganisante, reliante. Tout cela fait d’eux des êtres perpétuellement en quête de visibilité, cette visibilité se constituant comme marqueur de la mesure de l’estime de soi qu’ils peuvent ou non s’accorder à eux-mêmes et donc de leur sentiment d’exister.

3. Le sexuel, l’interdit, la culpabilité, la jouissance :
Le Religieux Chrétien, jusqu’à ce que Marcel Gauchet décrit comme le sortir du Religieux puis Le Religieux sans le Religieux, a été l’axe organisant majeur du façonnement sociétal occidental. La superbe invention du péché originel produisait jusqu’à la présente mutation un être coupable par principe, auquel tout était par principe interdit, à l’exception de ce qui était expressément autorisé. Le sexuel, partie composante de l’axe organisant « Religieux Chrétien », voyait ses bons usages clairement prescrits par le Religieux Chrétien. L’interdit trouvait sa puissance dans une étroite combinaison entre la culpabilité fondamentale et la soumission à une autorité menaçante, le tout passablement hypostasié par la théorie psychanalytique. La jouissance d’abord définie par le Religieux Chrétien comme un péché capital (la luxure), bannie y-compris du lit conjugal supposé ne servir qu’à la reproduction de l’espèce, a été ensuite visée par la théorie psychanalytique comme un processus délétère de perte de soi. Il fallait donc se cacher, cela faisant de nous des êtres en quête d’’espaces d’intimité. La jouissance n’a conquis quelques droits que récemment, en fait dans les premiers soubresauts visibles de la présente mutation sociétale .
La mutation en cours produit un sexuel trivialisé : avec la fin du Religieux , la dissolution de l’interdit par principe et de la culpabilité fondamentale, le sexuel a perdu son statut d’axe organisant. Découplé de l’interdit et de la culpabilité, le sexuel devient une occurrence de jouissance parmi d’autres (glisse, matériel high-tech et de communication de plus en plus perfectionné, substance psychoactives licites et illicites). L’exigence de visibilité semble s’associer un nouveau marqueur : la jouissance montrée. Tout cela fait de nos jeunes mutants des êtres en quête d’espaces d’extimité .

4. Le porno comme arme ultime des « modernes » contre nos enfants mutants :
Des études de plus en plus nombreuses mettent en évidence que le porno du web a acquis, face au vide sidéral laissé par les adultes concernés, le monopole de l’éducation sexuelle de nos enfants. Une récente étude suisse situe l’accès au premier porno à la moyenne de 9 ans et demi. Lors d’une rapide étude à laquelle je me suis adonné voici deux ans, faite sur la première centaine d’images porno à laquelle j’ai eu accès en cliquant « sexe » dans google, je n’ai pas pu trouver une seule image dans laquelle les femmes impliquées ne se trouvaient pas dans une posture de soumission et/ou d’humiliation. Dans un petit groupe de réflexion auquel je participais alors, l’un d’entre nous eut cette formule qui résume parfaitement la situation : « nous assistons à une re-barbarisation de la relation entre homme et femme ! » , là où l’horizontalisation du hiérarchique et l’autorité sur soi, pour la première fois dans notre monde occidental fait de tous ses ressortissants, hommes, femmes, enfants, quelles que soient leurs différences, des égaux par principe.

En conclusion : à nous de choisir !

Nous pourrions ainsi aborder le rapport à l’autre et à soi, à la mort, au temps, l’intelligence, etc. il nous semble que ces trois jeux de repères peuvent se montrer suffisants, s’agissant ici de mettre en évidence les motifs de la peur des tenants du monde finissant, face à ce monde naissant, producteur d’un façonnement psychosociétal « trop » différent.
Face à la machine sociétale « autorité de mode paternel / hiérarchique vertical - identité appartenancielle / hétéronomie / interdit par principe / culpabilité fondamentale / jouissance exclue », la nouvelle machine sociétale se présente effectivement, tant par les trous qu’elle provoque dans la machine d’hier, que par ce qu’elle commence à montrer d’elle, comme un danger majeur aux yeux des tenants du monde finissant. Une identité individuelle et autonome, une autorité sur soi, une dissolution du monde des maîtres à penser, un « tout est possible » dénué de culpabilité, une égalité dans la différence, un sexuel découplé de l’interdit… autant de portes vers du pire comme du meilleur. Nous proposons à nos lecteurs de s’entrainer à lire, dans les nouvelles caractéristiques éthologiques de nos enfants, ce qui peut s’appréhender dans les registres du meilleur.

Avec Bruno Latour : cogitamus ! Il nous semble clair que ce qui nous arrive implique, exige, que nous passions du Cogito au Cogitamus, du je pense au nous pensons ensemble. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, les « mutants » y sont infiniment plus habiles que nous : les maîtres à penser n’ont dans leur monde aucune consistance , la place ainsi laissée vacante est occupée par une nouvelle forme d’intelligence, très multiforme, certes moins rationnalisante, mais très intégrative et innovante. Leur esprit extra-cérébral qu’est le web est d’ores et déjà l’espace privilégié du Cogitamus.
Laissons le dernier mot qui précisément n’en est pas un à Bruno Latour :
« Dans les questions controversées qui intéressent la terre entière et qui obligent à mettre en cause toutes les certitudes où les spécialistes sont eux-mêmes en défaut, il va falloir débattre et jusqu’au bout. En espérant trouver le bout… peut-on passer d’un jugement transcendant et définitif mais inopérant, à un jugement immanent, révisable, provisoire mais qui serait, cette fois, opératoire ? C’est sur ce caractère empirique, opérationnel, instrumental que se jouera le sort des humanités scientifiques »

 

Références bibliographiques :

Sachot M. Quand le christianisme a changé le monde. I. La subversion chrétienne du monde antique. Odile Jacob 2007 - Sachot M. L' Invention du Christ. Genèse d’une religion Odile Jacob 1998
De Saporta L. Les confessions de saint Augustin Aurèle, évêque d’Hippone. Elibron classics 2001. La Cité de Dieu contre les païens, Saint Augustin, Œuvres II, Gallimard, coll. Pléiade
Dictionnaire de l'Académie Française, première édition (1694) :
HONNESTE, signifie aussi, Civil, courtois, poly. C'est l'homme du monde le plus honneste. il n'y a rien de si honneste que luy. il a l'air honneste, les manieres honnestes. il luy a fait la reception du monde la plus honneste. accueil honneste. il luy a parlé d'une maniere tres-honneste. il a le procedé assez honneste, mais cependant il ne faut pas trop s'y fier.
Honneste homme. Outre la signification qui a esté touchée au premier article, & qui veut dire, Homme d'honneur, homme de probité, comprend encore toutes les qualitez agreables qu'un homme peut avoir dans la vie civile. C'est un parfaitement honneste homme. il faut bien des qualitez pour faire un honneste homme.
Quelquefois on appelle aussi, Honneste homme, Un homme en qui on ne considere alors que les qualitez agreables, & les manieres du monde: Et en ce sens, Honneste homme, ne veut dire autre chose que galant homme, homme de bonne conversation, de bonne compagnie.
Arrasse D. et coll. s.dir. Vovelle M. L’homme des lumières. Seuil 1996.
Pénultième : le dernier avant le suivant…
Au sens de « être cultivé ».
Varela F. Autonomie et connaissance. Seuil 1989
Les paramécies, par exemple, n’ont pas de neurones, mais elles disposent de cette fonction.
Coenen R. Gaillard JP et coll. Les symptômes interdits. Journal du Droit des Jeunes n°
Festinger in L’échec d’une prophétie. 1956 a approché ce processus avec son concept de dissonance cognitive.
Luhman N. Social systems. Standford university press 1995
Rosenthal R. et jacobson L. Pygmalion à l’école Casterman 1994.
Sur le site web de Bernard Stiegler : Ars-indiustrialis.
Kuhn T. la structure des révolutions scientifiques. Flammarion Champ 1970
Mugur-Schächter M. Sur le tissage des connaissances. Collection : Ingénierie représentationelle et constructions de sens. Hermes Lavoisier 2006
Bateson G. « épilogue 1958 » in Vers une écologie de l’esprit tome 1. Seuil 1977.
Michel Callon et Bruno Latour 1990 : La science telle qu’elle se fait. Éditions la découverte. P. 24.
Bateson op cit
Linton R. 1945 : Les fondements culturels de la personnalité. Dunod.
…entre deux mutations psychosociétales
le terme « chose » renvoie au réel de la casquette : morceau de tissus façonné de manière qu’il tienne sur la tête d’un individu.
Le terme « objet » renvoie au résultat d’une perception, c'est-à-dire un processus eidologique.
« Donc, toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties » (B. Pascal, Pensées p 88)
« Rendre intelligible pour agir » est un des mot d’ordre de l’association européenne pour la modélisation de la complexité (AEMCX-APC). Voir http://www.mcxapc.org/interlettre.php
Mara Selvini-Palazzoli résume admirablement le problème s’agissant de décrire un système familial : « Lorsqu'il apparaît que dans un circuit systémique chaque élément est inséré et qu’il interagit avec la totalité, les dichotomies organique-psychique ou conscient-inconscient perdent toute signification. » (Selvini-Palazzoli et coll. Les jeux psychotiques dans la famille. ESF éditeur 1996
Selvini op.cit.
Gaillard JP ESF éditeur 2009-2013 (4ième édit. Augmentée)
En 450 av. JC, la première loi écrite à Rome, la Patria Potesta définit le Pater Familias dans ses prérogatives exorbitantes : droit de vie et de mort sur sa femme, ses enfants et ses esclaves… Un coup de force d’une violence extrême qu’il fallait graver dans le marbre pour le pérenniser !
Et en vertu de la loi du vivant qui veut qu’un individu ne se voie pas se comporter, nous les accusons sans vergogne d’être les tristes inventeurs ce ces incivilité qui ne sont que l’exact reflet des nôtres.
En France, 1968, en Europe du nord environ 5 ans plus tôt…
La fin du Religieux ne signifie pas la fin des religions, mais leur désinstitutionnalisation déjà très perceptible : les religions deviennent libérales.
Le terme est de Serges Tisseron qui désigne ainsi le désir de rendre visibles certains aspects de soi considérés avant la présente mutation comme relevant de l'intimité. Tisseron considère que ce désir est constitutif de la personne humaine et nécessaire à son développement psychique, en particulier une estime de soi suffisante.
Il s’agit de Marcel Gauchet.
Nos étudiants nous le montrent au quotidien de façon très stimulante.
Latour B. Cogitamus. Editions La découverte 2010

 

Sites de recherche et réflexion systémique à consulter régulièrement :

IS3G

L’Institut Systémique 3ième Génération s’est donné pour tâche de former les thérapeutes du 21ième siècle, capables d’aborder les changements radicaux d’ores et déjà visibles dans les fonctionnements familiaux, institutionnels et individuels, liés à la mutation sociétale en cours. L’IS3G offre une formation longue à qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien. Il est basé à Strasbourg, mais intervient dans toutes les villes rassemblant un groupe de postulants de dix personnes au moins.
les journées d'étude et les formations, sur : www.frieh-bungert.fr

MCX-APC

Le réseau « Intelligence de la Complexité » est soutenu et organisé par deux associations-sœurs : l’Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité (MCX) et l’Association pour la Pensée Complexe (APC), toutes deux présidées par deux complices de toujours : le Pr. Jean-Louis LE MOIGNE pour la première et le Pr. Edgar MORIN pour la seconde, deux références mondialement incontestées dans les registres de la pensée complexe.
Le site web MCX est une véritable mine d’or en matière de références bibliographiques. En outre, MCX-APC organise chaque année un Grand Débat réunissant les chercheurs les plus innovants en la matière : vous disposez dans ce site d’un échantillon vidéo de ces Grands Débats (MCX GRAND DEBAT 2006).

IDRES

L’IDRES, créé et animé par Jacques BEAUJEAN, est un site dédié aux praticiens de la systémique, thérapeutes, mais aussi tous les travailleurs sociaux concernés par cette approche. Sa particularité et son extrême richesse tient à ce qu’il offre une énorme quantité d’articles in extenso et qu’il est un site wiki totalement interactif. A visiter régulièrement, donc. L’IDRES, basée à Liège (Belgique), est aussi un institut de formation à l’adresse de qui souhaite acquérir une formation complète de thérapeute systémicien.

SICS

La Société Internationale des Conseillers de Synthèse, crée et animée par Armand BRAUN, offre un site de prospective et de réflexion économico-sociétale de grande valeur. Le site SICS dispose d’une riche bibliothèque, à consulter régulièrement.

 

Projet d'établissement 2002 du CNRS français :

"S'attacher à la complexité (…) c'est reconnaître que la modélisation se construit comme un point de vue pris sur le réel, à partir duquel un travail de mise en ordre, partiel et Ccntinuellement remaniable, peut être mis en œuvre"